Le Son Mystique : Hazrat Inayat Khan

Musique et Son
(Hazrat Inayat Khan)




La Vie Absolue de laquelle a jailli tout ce qui est ressenti, vu et perçu et dans laquelle, avec le temps, tout se fond à nouveau, est une vie silencieuse, immobile, éternelle que les Soufis appellent Zât. Chaque mouvement qui jaillit de cette vie silencieuse est une vibration créatrice de vibrations.
A l'intérieur d'une vibration sont créées d'autres vibrations; et comme le mouvement est générateur de mouvement, de même la vie silencieuse devient active en certains points et crée à chaque instant de plus en plus d'activité, perdant ainsi la paix de la vie silencieuse originelle.
C'est le degré d'activité de ces vibrations qui est la cause des différents plans d'existence. On s'imagine que ces plans diffèrent l'un de l'autre, mais en réalité ils ne peuvent être entièrement détachés et séparés. Par leur activité les vibrations deviennent plus grossières et c'est ainsi que la terre est née des Cieux.

Les règnes minéral, végétal, animal et humain sont des changements progressifs de vibrations et les vibrations de chaque plan diffèrent l'une de l'autre par leur poids, leur longueur, leur largeur, leur couleur, par leur son et leur rythme. L'homme n'est pas seulement formé de vibrations, mais il vit et se meut en elles, elles l'entourent comme l'eau environne le poisson et il les contient comme un récipient contient l'eau. Ses humeurs, ses tendances, ses affaires, ses succès et ses échecs, toutes les conditions de sa vie, qu'elles soient pensées, émotions, ou sentiments, dépendent d'une certaine activité de vibrations qui explique la variété des choses et des êtres. Cette activité vibratoire est la base de la sensation et la source de toute joie et de toute souffrance. Son arrêt est la cessation de toute sensation. Toute sensation est due à un certain degré d'activité de vibration.



Il y a deux aspects de vibrations: l'un est subtil, l'autre grossier, tous deux comprenant des degrés divers. Certaines vibrations sont perçues par l'âme, d'autres par l'esprit, d'autres par les yeux. Celles que perçoit l'âme sont des vibrations de sentiments; celles conçues par l'esprit sont les pensées; celles que voient les yeux sont des vibrations qui, de l'état éthéré, se sont solidifiées, transformées en atomes et apparaissent dans le monde physique, constituant les éléments: l'éther, l'air, le feu, l'eau et la terre. Les vibrations les plus subtiles sont imperceptibles même pour l'âme. L'âme elle-même est constituée de ces vibrations et c'est leur activité qui la rend consciente.



La création commence avec l'activité de la conscience qu'on peut appeler vibration et toutes les vibrations, qui surgissent de leur source originelle, sont les mêmes et ne diffèrent que dans leur ton et leur rythme, causés par le degré de force qui les meut. Sur le plan du son, la vibration cause une diversité de tons, et dans le monde des atomes, une diversité de couleurs. C'est en se groupant que les vibrations deviennent audibles; mais à chaque pas vers la surface, elles se multiplient et, à mesure qu'elles avancent, se matérialisent. Le son donne à la conscience une évidence de son existence, bien qu'en fait ce soit la partie active de la conscience même qui se transforme en son. Le connaisseur finit par se connaître lui-même; en d'autres termes, la conscience prend connaissance de sa propre voix. C'est ainsi que le son en appelle à l'homme. Toute chose dérivant des vibrations et en étant formée, a le son caché en soi comme le feu dans le silex; chaque atome de l'univers avoue par son ton: "Mon origine n'est autre que le son". Si l'on frappe quelque corps solide ou sonore, il répondra en retour: "je suis le son".



Le son a sa naissance, sa mort, son sexe, sa forme, sa planète, son dieu, sa couleur, son enfance, sa jeunesse et sa vieillesse; mais ce volume de son qui se trouve dans la sphère abstraite, au-delà de la sphère du concret, est l'origine et la base de tout son.



Le son et la couleur produisent tous deux leur effet sur l'âme humaine, suivant la loi d'harmonie; la couleur en appelle à une âme subtile, le son à une âme plus subtile encore. Le ton possède un effet soit chaud, soit froid suivant l'élément auquel il appartient, puisque les éléments sont formés de différents degrés de vibrations; le son peut donc produire un effet agréable ou désagréable sur le corps et l'esprit humain et un effet de guérison en l'absence d'herbes ou de drogues qui tirent, elles aussi leur origine des vibrations.



La Manifestation étant formée de vibrations, les planètes sont la manifestation primaire, chaque planète possédant son ton particulier; chaque note représente donc une planète, et chaque individu a une note qui lui est propre se rapportant à la planète de sa naissance; pour cette raison un ton particulier en appelle à une personne donnée, suivant son degré d'évolution. Chaque élément possède un son qui lui est propre: dans l'élément le plus subtil l'onde du son s'étend, elle se rétrécit dans l'élément plus grossier. Il est donc distinct dans le premier et indistinct dans le second.



La terre possède autant de variétés dans le son que d'aspects de beauté divers. Son diapason est à la surface, sa forme semblable au croissant et sa couleur jaune. Le son de la terre est faible, sourd; il produit un frémissement, une activité et un mouvement dans le corps. Tous les instruments à cordes, de métal ou de boyaux, de même que les instruments à percussion comme le tambour, les cymbales ou autres émettent le son de la terre.



Le son de l'eau est profond, sa forme serpentine, sa couleur verte et c'est dans le mugissement de la mer qu'on l'entend le mieux. Le son de l'eau courante, des torrents de la montagne, du ruissellement de la pluie, le son de l'eau coulant d'un pichet dans un vase, d'un tuyau dans une cuve, d'une carafe dans un verre, tous ont un effet doux, vivant, et tendent à provoquer l'imagination, la fantaisie, le rêve, l'affection et l'émotion. L'instrument appelé "Jalatarang" est un groupement de bols de porcelaine ou de verres gradués par taille et remplis d'eau en proportion de la gamme désirée; plus ou moins d'eau abaisse ou élève le ton. Ces instruments exaltent les émotions du cœur.



Dans le son du feu le ton est élevé, sa forme bouclée, sa couleur rouge. On l'entend dans la chute de la foudre et les éruptions volcaniques; dans le crépitement d'un feu qui flambe, l'éclatement des pétards, le claquement des fusils et des canons, qui tous tendent à produire la crainte.



Le son de l'air est flottant, sa forme en zig-zag, sa couleur bleue. On entend sa voix dans les tempêtes, quand souffle le vent et dans le murmure de la brise matinale. Son effet brise, balaye, transperce. Le son de l'air trouve son expression dans tous les instruments à vent faits de bois, de cuivre ou de roseau, et, comme l'écrit Djalal-ud-Din-Roumi dans son Masnavi au sujet de la flûte, il a tendance à allumer le feu du cœur. L'Art indien représente toujours Krishna porteur d'une flûte. Le son de l'air surpasse en pouvoir tous les autres, car il est vivant, et sous tous ses aspects, son influence produit l'extase.



Le son de l'éther est contenu en lui-même; il détient toutes les formes et toutes les couleurs. Il est la base de tous les sons, le son sous-jacent continu. Son instrument est le corps humain parce qu'il est audible à travers lui. Bien que dominant, on ne l'entend pourtant pas. Il se manifeste à l'homme lorsqu'il purifie son corps des résidus organiques. Le corps peut devenir son instrument approprié lorsque l'espace en lui est libre et que ses canaux et ses veines sont dégagés. A ce moment le son qui existe extérieurement dans l'espace se manifeste aussi intérieurement. L'extase, l'illumination, le calme absolu, l'intrépidité, l'enthousiasme, la joie et la révélation sont les effets de ce son. A certains il se manifeste de lui-même, à d'autres lorsqu'ils sont dans un état passif causé par la faiblesse du corps ou de l'esprit; cela n'est bénéfique pour aucun d'eux et, d'autre part, peut les rendre anormaux. Ce son élève seulement ceux qui s'ouvrent à lui par les pratiques sacrées connues des Mystiques.



Le son de la terre mêlé à celui de l'eau a de la tendresse et de la délicatesse. Celui de la terre et du feu produit de la dureté. Le son de la terre et de l'air a force et puissance. Celui de l'eau et du feu a un effet vivifiant et stimulant. Le son de l'eau avec l'éther possède un effet adoucissant et réconfortant. Celui du feu et de l'éther a un effet brisant et libérateur. Le son de l'air et de l'éther produit le calme et la paix.

La vie silencieuse fait son expérience à la surface par l'activité; elle paraît morte en comparaison de la vie active de la surface. Pour le sage seulement, la vie éternelle paraît préférable à la vie mortelle impermanente et peu durable. La vie en surface semble être la vie réelle car c'est en cette vie que se fait l'expérience de toute joie.



Dans la vie silencieuse il n'y a pas de joie, mais paix seulement. L'être originel de l'âme est paix et sa nature est joie, l'un s'opposant à l'autre; et c'est la cause cachée de toute la tragédie de la vie. Originellement l'âme est dépourvue de toute expérience; elle expérimente tout en ouvrant les yeux au plan extérieur, son regard ne portant que sur la vie en surface et s'y complaisant jusqu'à pleine satisfaction. Puis l'âme ferme les yeux au plan extérieur et recherche constamment la paix, l'état originel de son être.



La partie intérieure et essentielle de chaque être est composée de vibrations subtiles et sa partie extérieure de vibrations grossières. Nous appelons esprit la partie la plus subtile et matière la plus grossière; le premier étant moins sujet au changement et à la destruction que la seconde. Tout ce qui vit est esprit, tout ce qui meurt est matière; tout ce qui, dans l'esprit, meurt est matière et tout ce qui vit dans la matière est esprit. Tout ce qui est visible et perceptible paraît être vivant, bien que sujet à la mort et la décomposition, se transformant sans cesse en son élément le plus fin. C'est l'esprit qui vit réellement, voilé sous la matière; mais la vision de l'homme est si abusée par l'attention qu'il attache au monde apparent, que son être véritable est caché. C'est l'activité croissante qui cause la matérialisation des vibrations et c'est la décroissance graduelle qui, à nouveau, les transforme en esprit. Comme on l'a déjà dit, les vibrations traversent cinq phases distinctes durant leur changement de l'état subtil à l'état grossier, et les éléments de l'éther, l'air, le feu, l'eau et la terre ont chacun une saveur, une couleur et une forme qui leur sont particuliers. Cette rotation des éléments les amène tous à la surface en temps voulu. A chaque degré de leur activité, ils varient et deviennent distincts l'un de l'autre. C'est le groupement de ces vibrations qui produit la variété dans le monde objectif et l'homme appelle destruction la loi qui les force à se disperser.



Les vibrations se transforment en atomes et les atomes engendrent ce que nous appelons vie. Il arrive ainsi que leur groupement, par le pouvoir d'affinité de la nature, forme une entité vivante et lorsque le souffle se manifeste dans la forme, le corps devient conscient. Bien des êtres ténus et subtils se cachent dans un individu: dans son sang, les cellules de son cerveau, sa peau, dans tous les plans de son existence. Dans l'existence physique d'un individu, beaucoup de petits germes naissent et se nourrissent qui n'en sont pas moins des êtres vivants; de même dans son plan mental vivent bien des êtres nommés Mawakals, ou élémentaux. Ce sont des entités encore plus délicates nées des propres pensées de l'homme; et de même que les germes vivent dans son corps physique ainsi les élémentaux habitent sa sphère mentale. L'homme imagine souvent que les pensées n'ont pas de vie; il ne voit pas qu'elles sont plus vivantes que les germes physiques, qu'elles ont une naissance, une enfance, une vieillesse et une mort. Suivant leur nature, elles travaillent pour le bien de l'homme ou à son détriment. Le Soufi les crée, les façonne et les contrôle. Il les exerce et les dirige à travers sa vie; elles forment son armée et accomplissent ses désirs. Comme les germes constituent l'être physique de l'homme et les élémentaux sa vie mentale, ainsi les anges constituent son existence spirituelle. On les nomme «Farishtas».



En principe les vibrations ont longueur aussi bien que largeur; elles peuvent durer moins de la fraction d'un instant ou la plus grande partie de l'âge de l'univers. Elles créent différentes formes, figures et couleurs à mesure qu'elles se manifestent, une vibration engendrant une autre; ainsi des myriades émanent d'une seule. Par là il se forme des cercles englobés sous des cercles et des cercles englobant d'autres cercles et dont la totalité forme l'univers. Chaque vibration une fois manifestée se fond à nouveau dans sa source originelle. L'extension des vibrations est en rapport avec la subtilité du plan de leur point de départ. Pour parler plus clairement, le mot prononcé par les lèvres ne peut atteindre que les oreilles de celui qui écoute; mais la pensée procédant de l'esprit, s'élançant de l'esprit à l'esprit, possède une grande portée. Les vibrations de l'esprit sont beaucoup plus puissantes que celles des mots. Les sentiments sincères d'un cœur peuvent pénétrer le cœur d'un autre, ils parlent en silence, s'épandent dans la sphère au point que l'atmosphère même qui se dégage d'une personne proclame ses pensées et ses émotions. Les vibrations de l'âme sont les plus puissantes et celles qui s'étendent le plus loin; tel un courant électrique, elles courent d'âme à âme.



Toutes choses et tous êtres dans l'univers sont reliés les uns aux autres et dans tous les plans d'existence, visiblement ou invisiblement, et c'est au moyen des vibrations qu'il s'établit entre eux une communication. Il en existe un exemple courant: lorsqu'un individu tousse ou baille dans une réunion, beaucoup d'autres commencent à l'imiter; ce qui se présente aussi dans les cas du rire, l'excitation et la dépression. C'est la preuve que les vibrations transportent des états d'être d'une personne à une autre. Celui dont la vue est pénétrante connaît donc le présent, le passé, le futur et perçoit les conditions de tous les plans d'existence.



Les vibrations agissent au moyen du lien de sympathie qui se crée entre un homme et son entourage; elles révèlent les conditions passées, présentes et futures; et c'est l'explication des hurlements du chien annonçant la mort et des hennissements du cheval à l'approche du danger. C'est le fait non seulement des animaux, mais les plantes même se meurent dans les temps de douleur et les fleurs se fanent, alors que durant les époques de bonheur elles poussent et fleurissent. La raison pour laquelle les plantes et les animaux peuvent percevoir les vibrations et connaître la venue des événements, alors que l'homme en est ignorant, vient de ce que ce dernier s'est aveuglé par son égotisme. L'influence des vibrations reste sur la chaise où l'on s'est assis, le lit où l'on a dormi, la maison où l'on vit, les vêtements qu'on porte, la nourriture qu'on mange et même la rue où l'on marche.



Toute émotion surgit de l'intensité de l'activité des vibrations qui, agissant en différentes directions, produisent des émotions différentes, la principale cause de toute émotion étant seulement l'activité. Chaque vibration en état d'activité amène la conscience à la surface extérieure et le brouillard causé par cette activité assemble les nuages que nous nommons émotions. Les nuages de l'émotion obscurcissent la clarté de la vue de l'âme. C'est ce qui fait dire de la passion qu'elle est aveugle. L'excès d'activité des vibrations n'aveugle pas seulement, mais affaiblit la volonté et une volonté faible affaiblira l'esprit et le corps.



C'est l'état de vibrations auquel l'homme est accordé qui détermine la note de son âme. Les différents échelons de ces notes forment une variété de diapasons que le mystique divise en trois degrés différents: le premier, qui produit pouvoir et intelligence, peut se comparer à une mer calme; le second, dont l'activité est modérée, conserve tout en mouvement, constitue un équilibre entre le pouvoir et la faiblesse, est comparable à la mer en mouvement. Le troisième degré d'activité, intense, qui détruit tout, est cause de toutes les faiblesses et les aveuglements et peut se comparer à la mer déchaînée.



Celui dont la vue pénètre dans l'activité de toute chose et de tous les êtres en reconnaît le diapason, comme le musicien connaît la clé dans laquelle est écrite n'importe quelle œuvre musicale. L'atmosphère qui se dégage de l'homme indique le degré d'activité de ses vibrations.



Si l'activité vibratoire est convenablement contrôlée, l'homme peut expérimenter toutes les joies de la vie sans en devenir l'esclave. Il est extrêmement difficile de contrôler l'activité une fois qu'elle est en route et en voie d'accroissement. Autant essayer d'arrêter un cheval emballé. Mais cependant, dans le contrôle réside l'ensemble de ce qui est appelé «Maîtrise».



Les Saints et les Sages répandent leur paix non seulement à l'endroit où ils se trouvent assis, mais encore dans le voisinage de leur demeure; la ville ou le pays où ils vivent est en paix, conformément à la force des vibrations émanant de leur âme. C'est la raison pour laquelle l'association avec les bons ou les mauvais, avec les classes élevées ou inférieures, a une grande influence sur la vie et le caractère de l'homme. Les vibrations de pensée, de sentiment, créent, procurent et préparent d'elles-mêmes tous les moyens nécessaires à leur manifestation en surface.



Quelqu'un, par exemple, peut désirer manger du poisson, et au lieu de le commander, peut y penser avec force; les vibrations de sa pensée, parlant alors aux oreilles mentales du cuisinier, lui donnent le même désir; peut-être même cette impression puissante attirera-t-elle un marchand de poisson à la maison. Les pensées des Sages accomplissent leur destinée de cette façon, suivant la force, le pouvoir et la pureté de leur esprit. Il faut un certain degré de pouvoir de pensée pour amener le résultat voulu; de même qu'il faut une certaine quantité de dynamite pour faire sauter un simple rocher et une quantité bien supérieure pour percer un tunnel à travers une montagne.



La durée pendant laquelle on maintient sa pensée est également importante pour sa réalisation, car les vibrations de la pensée doivent conserver leur activité durant un certain temps pour aboutir au résultat désiré. Il faut un temps donné pour cuire un gâteau; si on le fait à la hâte, il sera mal cuit; si la chaleur est trop forte, il brûlera. Si celui qui émet des vibrations mentales perd patience, même à mi-chemin du résultat ou plus près encore du succès, le pouvoir de sa pensée sera gaspillé. Si l'on donne à l'accomplissement de certaines choses un pouvoir de pensée trop considérable, on les détruit en les préparant.



Pour refléter pensée et sentiment sur un autre, l'homme doit observer la même règle que pour la voix et la parole. Plus quelqu'un parle haut dans une assemblée, plus il attire l'attention de ceux qui sont présents, les forçant à écouter. De la même façon, si un Soufi émet des vibrations de sa pensée et de ses sentiments, elles frappent naturellement avec grande force et puissance tout esprit sur lequel elles tombent. Comme la douceur de la voix possède un pouvoir attrayant, il en va de même de la douceur de pensée et de sentiment. Les vibrations de pensée auxquelles s'ajoute la parole voient leur force doublée; si l'on y ajoute un effort physique, cette puissance est triplée.



La raison est semblable au feu, elle éclaire la pensée; mais une pensée surchauffée perd son pouvoir comme la chaleur peut affaiblir le corps physique. La raison donne naissance au doute qui détruit le pouvoir de la pensée avant d'être capable d'accomplir sa destinée.



La force du pouvoir de la pensée consiste en confiance ou foi. La raison apporte de la confusion dans les vagues de vibrations de la pensée et le doute les éparpille; le manque de cette force qui les retient les laisse aller dans des directions différentes.



On ne devrait jamais penser ou parler contre son propre désir; on affaiblit ainsi les vibrations de la pensée et souvent, par là, on aboutit à des résultats opposés. Des pensées différentes surgissent au même moment, affaiblissant naturellement le pouvoir de l'esprit, car aucune d'elles n'a chance d'arriver à maturité; de même que deux jumeaux sont généralement imparfaits et que trois vivent rarement. Le manque d'harmonie entre un être et son idéal cause toujours un grand trouble dans sa vie, car ils agissent constamment l'un contre l'autre. Le fait qu'une personne parle, pense d'une autre ou ressente envers elle des sentiments mauvais ou bienveillants, touche consciemment ou inconsciemment l'esprit de cette dernière par le pouvoir de vibration. S'il nous arrive d'être fâchés contre quelqu'un sans le faire paraître en paroles ou actions, nous ne pouvons pourtant le cacher, car les vibrations de notre sentiment atteindront directement la personne en question et, si éloignée qu'elle soit, elle commencera à ressentir notre mécontentement. Il en est de même de notre amour et de notre plaisir; quoique nous fassions pour les dissimuler dans nos paroles ou nos actions, nous ne pouvons les cacher. C'est l'explication du vieux proverbe «les murs ont des oreilles». Il signifie qu'en réalité les murs eux-mêmes ne sont pas imperméables aux vibrations de la pensée.



Les soufis apportent une attention spéciale aux vœux, bons ou mauvais, des gens. Ils s’efforcent toujours d’attirer autant que possible les bons vœux des autres, qu’ils les estiment ou non. L’intensité de l’activité produit des vibrations puissantes nommées «Jelal» en terminologie soufie; la douceur de l'activité produit de douces vibrations appelées «Jemal». La première activité travaille comme force et pouvoir, la seconde comme beauté et grâce. Le conflit de ces deux forces se nomme «Kemal», et ne produit que destruction.



Le jugement de ce qui est juste ou faux, la conception du bien et du mal, l'idée de péché et de vertu sont compris différemment par les gens de races, de nations et de religions différentes; il est donc difficile de discerner la loi qui gouverne ces oppositions. Cependant, la compréhension de la loi des vibrations le rend clair. A la surface de l'existence toutes choses et tous les êtres paraissent séparés les uns des autres, mais dans chaque plan au-dessous de la surface ils se rapprochent mutuellement pour ne plus former qu'un dans le plan intérieur. Donc toute perturbation dirigée contre la paix de la moindre partie de la manifestation en surface affecte intérieurement le tout. Par suite, toute pensée, parole ou action qui trouble la paix est mauvaise, néfaste et péché; si elles apportent la paix, elles deviennent justes, bonnes et vertueuses.



La vie étant comme un dôme, sa nature ressemble également à un dôme. La perturbation de la plus infime partie de la vie trouble le tout et revient comme une malédiction sur celui qui en a été la cause; toute paix produite à la surface harmonise le tout et revient sous forme de paix à celui qui l'a créée. De là cette philosophie de la récompense des bonnes actions et du châtiment des mauvaises, donnée par les puissances d'en haut.

L'Harmonie est la source de la manifestation, la cause de son existence et l'intermédiaire entre Dieu et l'homme. La paix, à laquelle aspire toute âme, cette paix, véritable nature de Dieu et but suprême de l'homme, n'est autre chose que le résultat de l'harmonie. C'est la preuve que, sans un sens d'harmonie, tout ce qui est accompli dans la vie est vain. C'est l'acquisition de l'harmonie qu'on appelle Ciel et l'absence d'harmonie qu'on nomme Enfer. Seul celui qui est le maître de l'harmonie comprend la vie; celui qui l'ignore est un insensé en dépit de toutes les autres connaissances qu'il a pu acquérir.



Le Soufi attache une grande importance à l'acquisition de l'harmonie, croyant que la lumière est pour les anges et les ténèbres pour le démon, mais que l'harmonie est indispensable à l'être humain pour conserver un équilibre dans la vie.



L'Harmonie se présente sous trois aspects: éternel, universel et individuel. L'Harmonie éternelle est l'harmonie de la conscience. Étant éternelle en elle-même, toute chose et tout être se meuvent et vivent en elle; cependant elle demeure à part, calme et paisible. C’est le Dieu du croyant et le Dieu de celui qui possède la connaissance. Toutes les vibrations, de la plus subtile à la plus grossière, aussi bien que chaque atome de la manifestation sont reliés entre eux par cette harmonie; création et destruction existent toutes deux dans le but de la maintenir. Son pouvoir attire finalement tout être vers la Paix éternelle.



Le pouvoir de l'harmonie attire l'homme dans deux directions opposées: vers l'Infini et vers la manifestation. Il est moins conscient de la première que de la seconde, et faisant face à l'une des directions il perd l'autre de vue. L'Infini étant l'esprit essentiel de tout, attire finalement tout à lui. Le Soufi attache la plus grande importance à l'harmonie avec l'Infini qu'il réalise par sa soumission à la volonté de Dieu, le Bien-Aimé.



L'existence de la terre et de l'eau, de la terre pour l'eau et de l'eau pour la terre, l'attraction entre les cieux et la terre, tout démontre une harmonie universelle. L'attraction réciproque du soleil et de la lune, l'ordre cosmique des étoiles et des planètes, toutes reliées et en rapport les unes avec les autres, se mouvant et agissant suivant une certaine loi, la succession régulière des saisons, la nuit faisant suite au jour et le jour à son tour, faisant place à la nuit, la dépendance des êtres entre eux, la distinction, l'attraction et l'assimilation des cinq éléments, tout prouve l'harmonie universelle.



Le mâle et la femelle, la bête et l'oiseau, la plante et le roc, toutes les classes de choses et d'êtres sont liées entre elles et attirées les unes vers les autres par une corde d'harmonie. Si un être ou une chose, en apparence inutile, manquait dans cet univers de variété sans fin, cela produirait l'effet d'une note oubliée dans un chant. "Tout être est né pour un but déterminé et la lumière de ce but est allumée dans son âme". (Saadi.)



Toutes les famines, pestes et désastres comme les orages, les inondations, les éruptions volcaniques, les guerres et les révolutions, si détestables qu'ils puissent paraître à l'homme, sont en réalité nécessaires pour régler cette harmonie universelle. On raconte en Inde comment tous les habitants d'un certain village ayant souffert de la sécheresse, se réunirent devant le temple de leur Dieu, implorant qu'une pluie abondante leur soit accordée cette année-là. De l'Invisible une voix répondit: "Tout ce que nous faisons est pour l'amélioration de notre but. Vous hommes, n'avez aucun droit de vous immiscer dans Notre Œuvre!" Mais ils demandèrent pitié et continuèrent avec plus de persévérance. Vint alors cette réponse: "Vos prières, vos jeûnes, vos sacrifices Nous ont amené à vous accorder pour cette année seulement autant de pluie que vous en désirez". Tous retournèrent chez eux, remplis de joie. A l'automne, ils travaillèrent avec ardeur; après avoir travaillé et ensemencé le sol, ils prièrent encore pour la pluie. Quand ils eurent jugé que la pluie était suffisante, ils se remirent à prier et la pluie cessa. Tous les habitants de cette contrée furent joyeux; ils firent ainsi une abondante récolte de blé, car il en poussa cette année-là plus que jamais auparavant. Après les récoltes cependant, tous ceux qui mangèrent de ce blé moururent et grand fut le nombre des victimes. Pleins de perplexité, les habitants eurent encore recours à leur Dieu, se prosternèrent devant le Temple en pleurant: "Pourquoi nous manifestes-tu ainsi ton courroux après nous avoir donné une si grande preuve de pitié?" Le Dieu répondit: "Ce n'était pas notre courroux, mais votre folie de vous immiscer dans notre Oeuvre; parfois nous envoyons la sécheresse, parfois une inondation pour détruire une partie de votre blé. Nous avons nos raisons pour agir ainsi, car de cette façon tout ce qui est poison et malsain se trouve supprimé; seul subsiste ce qui est profitable à la conservation de votre vie".



Les villageois se prosternèrent en une humble prière disant: "Nous n'essaierons jamais plus de diriger ce qui concerne l'univers; Tu es le créateur, Tu es celui qui contrôle, nous sommes tes enfants innocents; seul Tu sais ce qui est le meilleur pour nous". Le Créateur sait comment contrôler son monde, ce qui est à produire et ce qui est à détruire.



Il y a deux aspects d'harmonie individuelle: l'harmonie entre le corps et l'âme; l'harmonie entre les individus.



L'âme se réjouit du confort dont le moi extérieur fait l'expérience; cependant l'homme s'absorbe tellement en lui que le véritable bien-être de l'âme est négligé. Ce qui le rend mécontent à travers les satisfactions passagères dont il peut jouir. Ne le comprenant pas, il attribue la cause de cette insatisfaction à quelque désir insatisfait dans sa vie. La réalisation de toutes les passions terrestres donne une satisfaction momentanée, créant toutefois une tendance à souhaiter davantage; dans cette lutte, l'homme oublie la satisfaction de l'âme, passant son temps à la poursuite des jouissances et du bien-être terrestres, privant l'âme de son véritable bonheur. Le véritable bonheur de l'âme réside dans l'amour, l'Harmonie et la beauté qui procurent sagesse, calme et paix; plus ces qualités sont constantes, plus l'âme est satisfaite.



Si dans sa vie quotidienne, l'homme examinait chaque action qui a reflété sur son âme une image désagréable de lui-même, y causant obscurité et mécontentement; si d'autre part, il observait consciencieusement chaque pensée, parole ou action ayant produit intérieurement amour, harmonie, beauté et chaque sentiment lui ayant procuré sagesse, calme et paix, il comprendrait facilement alors la voie de l'harmonie entre l'âme et le corps et les deux aspects de la vie tant extérieur qu'intérieur, seraient satisfaits. La satisfaction de l'âme est beaucoup plus importante que celle du corps, car elle est plus durable. Ainsi, la pensée, la parole et l'action peuvent s'ajuster pour que l'homme puisse d'abord s'établir dans le moi par l'accord de l'âme et du corps.



Le second aspect de l'harmonie individuelle se pratique dans l'harmonie avec autrui. Tout être possède un égo individuel, produit de sa propre illusion. Sa vision s'en trouve limitée et se dirige vers son intérêt personnel; il juge le bien et le mal, le supérieur ou l'inférieur, le juste ou le faux en rapport avec lui-même et les autres, au moyen de sa vision limitée. Or elle est généralement plus partiale et imaginative que vraie. Cette obscurité est due à l'ombre projetée sur l'âme par le moi extérieur. L'être devient donc aveugle à ses propres infirmités, aussi bien qu'aux mérites des autres; la bonne action de son prochain devient mauvaise à ses yeux alors que sa propre faute lui paraît juste. C'est là le cas de l'humanité en général, jusqu'à ce que le voile des ténèbres soit ôté de ses yeux.



Le "Nafs", l'égo d'un individu est cause de toute inharmonie, tant avec lui-même qu'avec autrui, montrant ainsi son indiscipline dans tous les aspects de la vie. Le lion, souverain parmi tous les animaux, le plus puissant et majestueux, n'est jamais le bienvenu parmi les habitants de la forêt; il est même hostile à sa propre espèce. Deux lions ne s'accueilleront jamais amicalement car leur "nafs" est trop puissant. Bien que le lion soit le chef de tous les autres animaux, il est esclave de ses passions qui agitent sa vie. Le "nafs" des herbivores comme les moutons et les chèvres, est soumis; c'est pourquoi ils sont inoffensifs les uns envers les autres et même suffisamment harmonieux pour vivre en troupeaux. L'harmonie et la sympathie qui règnent entre eux leur fait partager mutuellement leurs joies et leurs tristesses, mais ils sont aisément victimes des animaux sauvages de la forêt.



Les Maîtres de passé, tels Moïse et Mahomet, ont toujours aimé garder leurs troupeaux dans le désert et Jésus-Christ parle de lui-même comme "le Bon Pasteur" alors que St. Jean-Baptiste parle de l'agneau de Dieu, inoffensif, innocent et prêt au sacrifice.



Le Nafs des oiseaux est plus doux encore; c'est pourquoi, sur le même arbre, peuvent vivre comme une seule famille des variétés multiples, chantant à l'unisson la louange de Dieu et s'envolant en bandes par milliers.



Parmi les oiseaux on trouve ceux qui reconnaissent leur compagne et vivent ensemble, construisant harmonieusement leur nid pour leurs petits, couvant les œufs chacun à son tour et partageant la tâche de nourrir leurs petits. Souvent ils pleurent et se lamentent de la mort de leur compagnon. Le Nafs des insectes est moindre encore; ils passent sur le corps les uns des autres sans se faire de mal, vivant ensemble par millions, comme une seule famille, sans faire de distinction entre ami ou ennemi. Cela montre combien le pouvoir du "Nafs" augmente à chaque degré de l'évolution de la nature, atteignant son point culminant chez l'homme, créant l'inharmonie dans toute sa vie à moins qu'il ne l'ait maîtrisé; ce qui amène en son moi le calme, la paix et un sens d'harmonie avec autrui.



Tout être humain possède un attribut particulier à son Nafs. L'un ressemble à un tigre, un autre à un chien, tandis qu'un troisième peut ressembler à un chat et le quatrième à un renard. Par là l'homme extériorise les bêtes et les oiseaux dans sa parole, ses pensées et ses sentiments. La condition de son Nafs est conforme à leur nature, prenant même parfois leur ressemblance. Sa tendance à l'harmonie dépend donc de l'évolution de son Nafs.



Lorsque l'homme commence à voir clairement à travers la vie humaine, le monde lui apparaît comme une forêt remplie d'animaux sauvages, combattant, tuant et s'entredévorant.



Il y a quatre différentes classifications d'hommes qui s'harmonisent entre eux suivant leurs différents degrés d'évolution. Ce sont:

1°L'angélique
2°L'humaine
3°L'animale
4°La diabolique. 



L'être angélique recherche le ciel; l'humain s'efforce sans cesse dans le monde; l'homme aux tendances animales les révèle dans ses plaisirs terrestres, alors que l'homme diabolique s'occupe à faire le mal, créant de ce fait un enfer pour lui et pour les autres. L'homme après son évolution humaine devient angélique; et par son développement dans l'animalité, il parvient au stade du démon.



La loi d'harmonie en musique veut que la note la plus proche ne fasse pas un intervalle consonant. Ce qui explique l'interdiction du mariage entre parents proches, à cause de la proximité morale et sanguine. En général l'harmonie réside dans les contrastes. Les hommes combattent les hommes et les femmes se querellent entre elles; mais le mâle et la femelle sont généralement en harmonie mutuelle et l'unité complète produit une parfaite harmonie.



En tout être les cinq éléments sont constamment en œuvre et dans tout individu l'un d'eux prédomine. Le sage a donc distingué en l'homme cinq natures différentes suivant son élément prédominant. Parfois deux éléments, ou même davantage, prédominent plus ou moins chez un être humain.



On peut apprendre l'harmonie de la vie de la même façon qu'on apprend l'harmonie de la musique. Que l'expression en soit directe ou indirecte, l'oreille devrait être entraînée à distinguer à la fois le ton, le mot et leur sens caché, savoir d'après le sens verbal et le son de la voix si un mot est vrai ou si c'est une fausse note; discerner le sarcasme et la sincérité; les mots proférés en plaisantant ou dits sérieusement; comprendre la différence entre la véritable admiration et la flatterie; différencier la modestie de l'humilité, un sourire d'une moquerie, l'arrogance de la fierté. Par là l'oreille s'exerce graduellement comme dans la musique et l'on sait exactement, aussi bien pour soi que pour les autres, si son propre ton et le mot qu'on prononce sont faux ou vrais. L'homme devrait, comme on cultive sa voix, apprendre dans quel ton certaines pensées ou certains sentiments devraient être exprimés. Il est des instants où il devrait parler fort, d'autres qui nécessitent une voix douce; chaque mot a besoin d'une certaine note, chaque discours une certaine élévation de timbre. En même temps l'on devrait se servir avec attention des notes aiguës ou sourdes tout en n'oubliant pas la clé.



Il y a neuf différents aspects de sentiments qui ont chacun leur mode d'expression: la joie s'exprime d'un ton vif, la douleur pathétiquement; la crainte s'exprime avec une voix tremblante, la pitié d'une voix tendre, la surprise avec un ton d'exclamation; le courage dans un ton emphatique, la frivolité sur un ton léger, l'attachement avec un ton profond, l'indifférence avec la voix du silence.



Celui qui n'est pas exercé y apporte de la confusion. Il murmure les mots qui devraient être entendus et crie ceux qui devraient rester cachés. Certains sujets doivent être présentés d'une voix puissante tandis que d'autres demandent peu de voix. On devrait considérer le lieu, l'espace, le nombre de personnes présentes, leur qualité et leur degré d'évolution, parler suivant leur compréhension, comme il est dit: "Parlez aux gens dans leur propre langage". Avec un enfant on doit avoir un parler enfantin, avec les jeunes il faut employer les mots appropriés; avec les gens âgés leur parler selon leur entendement. Nous devrions avoir une façon nuancée d'exprimer nos pensées de sorte que toutes ne puissent être conduites avec le même fouet. C'est la considération pour autrui qui distingue l'homme des animaux.



Il faut comprendre que le rythme est l'équilibre de la parole et de l'action. Il faut parler à son heure, sinon le silence est préférable à la parole. Un mot de sympathie pour la douleur d'un autre, un sourire au moins en réponse au rire d'un ami. Il faudrait toujours attendre le moment opportun pour lancer un sujet dans une réunion et ne jamais changer brusquement de conversation, mais lier harmonieusement deux sujets. On devrait également attendre patiemment quand un autre parle et freiner sa propre parole lorsque des pensées incontrôlées font irruption, afin de conserver le rythme de sa parole et d'en garder le contrôle. On devrait faire ressortir les mots importants en tenant compte des accents forts ou faibles. Il est nécessaire de choisir le mot adéquat et le mode d'expression, de régulariser la vitesse du débit, tout en conservant le rythme. Certaines personnes commencent à parler lentement, puis graduellement, augmentent la rapidité de leur discours pour en arriver au point de ne plus pouvoir parler de façon cohérente.



Ce qui précède s'applique à tous les actes de la vie.



Comme le fait l'étudiant en matière musicale, le Soufi exerce à la fois sa voix et son oreille à l'harmonie de la vie. L'entraînement de la voix consiste à prendre conscience de chaque mot prononcé, de son ton, son rythme, son sens et son application à l'occasion. Une parole de consolation, par exemple, devrait être exprimée dans un rythme lent, d'une voix douce et d'un ton sympathique. Quand on profère une parole de commandement, un rythme vivant, une voix puissante et nette sont nécessaires. Le Soufi évite toutes les actions arythmiques. Il conserve le rythme de sa parole sous le contrôle de la patience, n'émettant pas une parole avant le temps voulu, ne répondant jamais avant que la question soit terminée. Il considère une parole contradictoire comme une discordance, sauf si elle est prononcée dans un débat, et même alors il essaie de la résoudre en un accord. Chez l'homme une tendance à contredire se transforme en passion jusqu'à en arriver même à la contradiction de son idée personnelle si elle est proposée par un autre.



En vue de conserver l'harmonie, le Soufi module même son discours d'une clé à une autre; en d'autres termes, il répond aux idées d'un interlocuteur en considérant le sujet du point de vue de celui qui parle au lieu du sien propre. Il forme la base de toute conversation par une introduction appropriée, préparant ainsi les oreilles de ses auditeurs à un accueil parfait. Il surveille chacun de ses mouvements, chacune de ses expressions aussi bien que ceux des autres, cherchant à établir un accord harmonieux entre lui et ceux qui l'écoutent. Il faut plus longtemps pour acquérir l'harmonie dans la vie, une étude plus soigneuse encore que ne le demande celle de l'entraînement de l'oreille et la culture de la voix, bien qu'on y parvienne de la même façon que pour la connaissance de la musique. A l'oreille d'un Soufi, chaque parole harmonieuse est comme une note juste; elle est fausse quand elle est discordante. La gamme de son discours est soit majeure, soit mineure ou chromatique, suivant l'occasion et ses paroles sont aiguës, sourdes ou naturelles en accord avec la loi d'harmonie. Par exemple les modes d'expression directs, parlé et plein de tact d'un discours sont comme sa gamme majeure, mineure ou chromatique, représentant la domination, le respect et l'égalité.



Dans la conversation, le Soufi adopte un mouvement identique pour s'adapter au temps et à la situation: il les suit pas à pas, acquiesce, se différencie et même s'oppose, tout en gardant la loi d'harmonie.



Prenez deux individus comme deux notes; l'harmonie établie entre elles forme des intervalles consonants ou dissonants, parfaits ou imparfaits, majeurs ou mineurs, diminués ou augmentés, comparables à ceux qui peuvent se présenter chez les individus.



L'intervalle de classes, croyances, castes, races, nations ou religions aussi bien que l'intervalle de l'âge, du degré d'évolution ou d'intérêts variés et opposés montrent là clairement la loi. Un homme sage serait plus vraisemblablement en harmonie avec un serviteur niais qu'avec un homme demi-sage qui se penserait infaillible. Il est de même possible qu'un sage se trouve loin d'être heureux dans la société d'un fou et vice-versa. L'orgueilleux se querellera toujours avec un orgueilleux alors qu'il supportera celui qui est humble. Il est également possible aux orgueilleux de s'entendre sur une commune question d'orgueil, de race ou de naissance, par exemple.



Parfois l'intervalle entre deux notes désaccordées se trouve comblé par une note intermédiaire formant un accord consonant. Par exemple, un désaccord entre mari et femme peut être résolu par le lien qu'est l'enfant, ou le désaccord entre frère et sœur peut cesser par l'intervention du père ou de la mère. De cette façon, si peu en harmonie que puissent être deux personnes, la formation d'un accord consonant par l'intervention d'un lien, crée l'harmonie. Un être sot est une note sans souplesse tandis qu'une personne intelligente est souple. Le premier tient à ses idées, ses goûts, ses dégoûts et ses convictions, qu'ils soient justes ou faux; tandis que la seconde les rend aigus ou doux en élevant ou baissant le ton et la portée, s'harmonisant avec l'autre suivant la nécessité de l'occasion. Le diapason est toujours en harmonie avec chaque note car il possède en lui toutes les notes de la gamme. Le Soufi s'harmonise de la même façon avec chacun, bon ou mauvais, sage ou insensé, en devenant semblable au diapason.



Toutes les races et nations, les classes et les peuples sont comme un chant musical basé sur un accord lorsque le diapason, l'intérêt commun, maintient tant de personnalités en un seul lien d'harmonie. En étudiant la vie, le Soufi apprend et exerce la nature de son harmonie. Il établit l'harmonie avec lui-même, les autres, l'univers et l'infini. Il s'identifie à un autre, se voit lui-même pour ainsi dire, en tout autre être. Il ne se soucie pas plus du blâme que de la louange, considérant que tous deux viennent de lui. Si quelqu'un laissant tomber un poids lourd se blessait le pied, il ne mettrait pas sa main en cause, se rendant compte qu'il est lui-même dans la main et le pied. Par là même le Soufi est tolérant quand un autre le blesse pensant que le mal est venu de lui-même. Il se sert du contrepoint, nuançant la conversation peu désirable de l'ami et la composant en une fugue. Il ferme les yeux sur les fautes des autres, considérant qu'ils ne savent pas mieux. Il cache les fautes d'autrui et supprime tous les faits qui pourraient produire l'inharmonie. Il est en lutte continuelle avec le "Nafs", racine de toute inharmonie et seul ennemi de l'homme. En écrasant cet ennemi, l'homme acquiert la maîtrise sur lui; il obtient ainsi la maîtrise sur l'univers entier parce qu'il a renversé le mur qui s'élevait entre lui et le Tout-Puissant. Tendresse, douceur, respect, humilité, modestie, abnégation, délicatesse de conscience, tolérance et pardon sont considérés par le Soufi comme les facteurs producteurs d'harmonie, tant dans sa propre âme que dans celle des autres. L'arrogance, la colère, le vice, l'attachement, l'avidité et la jalousie sont les six principales sources d'inharmonie. Le Nafs, le seul créateur d'inharmonie, devient plus puissant à mesure qu'on a pour lui plus d'indulgence; ce qui revient à dire que plus on accède à ses désirs, plus il est satisfait. Il montre momentanément sa satisfaction d'avoir obtenu ce qu'il réclamait, mais bientôt après il demande plus encore, jusqu'à ce que la vie devienne un fardeau.



Le sage découvre cet ennemi comme l'instigateur de tous les malheurs, mais généralement tout le monde blâme autrui de son infortune dans la vie.

La variété des choses et des êtres et les particularités qui causent leurs différences nécessitent l'appellation. Le Nom produit l'image de la forme, figure, couleur, dimension, qualité, quantité de la sensation et du sens des choses et des êtres; non seulement de ceux qui sont perceptibles et compréhensibles, mais même de ceux qui sont au-delà de la perception et de la compréhension. Le Nom a donc plus d'importance que toute autre chose. Que ce soit celui d'une personne ou d'une chose, dans le nom se cache un grand secret; il est formé en rapport avec les conditions passées, présentes ou futures de son objet; un juste horoscope vous dit par conséquent les conditions d'un individu.



Dans le nom se cache tout mystère. Toute connaissance repose donc en premier sur celle du nom et la connaissance de ce qui n'a pas de nom est incomplète. La maîtrise dépend de la connaissance-, l'homme ne peut maîtriser ce dont il n'a pas la connaissance. Toute bénédiction, tout bénéfice venant de la terre ou du ciel sont acquis par la maîtrise dépendant de la connaissance, cette dernière dépendant du nom. L'homme privé de la connaissance du nom de quelque chose, est ignorant, et l'ignorant est sans pouvoir, car l'homme n'a pas de prise sur ce qu'il ne connaît pas.



La raison de la grandeur de l'homme est l'étendue de la connaissance qui lui a été donnée, dont tout le mystère réside dans le discernement entre les choses comme entre les êtres. Cela lui donne une supériorité sur toutes les créatures terrestres, mais il surpasse même les Anges, hôtes du Ciel.



Le Coran en donne l'explication dans les termes suivants: "Lorsque ton Seigneur dit aux anges, nous allons mettre un représentant sur la terre", ceux-ci répondirent: "Placeras-tu là un être qui fera le mal et y versera le sang, alors que nous célébrons Ta louange et Te sanctifions?" Dieu répondit: "En vérité, nous savons ce que vous ignorez"; Il enseigna le nom de toutes choses à Adam, puis il les montra aux anges leur demandant: "Énoncez-moi les noms de ces choses si vous dites la vérité". Ils répondirent: "Louange à Toi, nous n'avons de connaissance que ce que Tu nous enseignes car Tu es toute connaissance et sagesse". Dieu dit alors: "Oh! Adam, dis-leur leurs noms". Et quand vint Adam, il leur dit leurs noms. (Voyez aussi la Genèse, 11-19.)



Chaque nom dévoile à celui qui sait, le passé, le présent et l'avenir de ce qu'il recouvre. Le nom ne représente pas seulement la forme, mais tout aussi bien le caractère. Le sens du nom joue un rôle important dans la vie de l'homme: le son, les voyelles du nom, le rythme, le nombre et la nature des lettres qui le composent, les nombres mystiques - symbole et planète - aussi bien que la racine d'où il dérive et l'effet qu'il produit, tout dévoile son secret à celui qui voit.



La signification d'un nom possède une grande influence, aussi bien sur celui qui le porte que sur les autres. D'après la consonance des lettres et du mot qu'elles composent, le mystique peut comprendre beaucoup du caractère et du destin d'un individu. Quelqu'un d'intelligent se rend généralement compte, d'après le son des lettres qui composent un nom, s'il est beau ou laid, doux ou dur, consonant ou dissonant, mais il en ignore le pourquoi. Celui qui comprend le sait.



Les lettres prises en bloc ou séparément se prononcent soit doucement, soit difficilement et possèdent un effet concordant sur soi-même et les autres. Les noms coulants et qui résonnent doucement ont un effet apaisant sur celui qui parle et celui qui écoute, tandis que les noms aux consonances rudes ont un effet contraire. L'homme donne naturellement des appellations coulantes à ce qui est doux, et dures à ce qui est rude: comme par exemple fleur et roc, laine et silex, etc... le langage et spécialement le nom, montrent la classe de gens et le caractère des familles, communautés et races. Les voyelles jouent un rôle important dans le nom et son influence. "E" et "I" dénotent Jemal, la qualité féminine de grâce, sagesse, beauté et réceptivité. "0" et "U" dénotent Jelal, la qualité masculine de pouvoir et d'expression. "A" dénote Kemal qui est significatif de la perfection en laquelle ces qualités sont réunies. Dans la composition du nom, les voyelles nommées précédemment ont un effet qui correspond à la place qu'elles y occupent, soit au commencement, au milieu ou à la fin.



Le destin, en Sanscrit, s'appelle Karma, ce qui signifie le rythme des actions passées. L'influence du rythme suggéré par un nom agit sur l'entité de celui qui le porte, aussi bien que sur ceux qui l'appellent par ce nom. L'égalité du rythme produit l'équilibre tandis que l'inégalité produit un manque d'équilibre. La beauté du rythme embellit le caractère de l'homme.



Par rythme il faut entendre la manière dont commence le nom et dont il se termine: également ou inégalement, sur l'accent ou avant l'accent. L'accent tombant au commencement, au milieu ou à la fin varie l'effet qui joue un rôle sur le caractère et le destin d'un individu. Le rythme du nom suggère ce qu'il y a de plus important dans la vie, équilibre ou manque d'équilibre. Le manque d'équilibre est an défaut de caractère et une cause d'adversité dans la vie. Dans le nom, le nombre de lettres est important - un nombre pair est preuve de beauté et de sagesse, un nombre impair d'amour et de pouvoir.



Le nombre a une grande importance dans la vie et spécialement dans le nom. Dans la constitution du nom chaque lettre possède sa valeur numérique; la science orientale l'appelle "Jafar". Par ce système on donne non seulement aux édifices, aux objets et aux gens des noms exprimant leur période de début ou d'achèvement, mais la combinaison de ces nombres transmet ses effets mystiques à celui qui est doué de pénétration. Les noms possèdent un effet psychique sur leurs propriétaires et même sur ceux qui les entourent. Les noms des élémentaux et des djinns, les noms sacrés de Dieu et ceux des prophètes et des saints, écrits suivant la loi de leur valeur numérique, agissent comme un charme magique pour l'accomplissement des différents buts dans la vie, et des prodiges s'accomplissent par la combinaison de tels noms écrits ou répétés sous leur forme numérique.



Chaque lettre prise séparément ou celles qui sont groupées dans un mot produisent une image qui dit son secret à celui qui est doué de pénétration. Par exemple, "X" forme une croix et "0" un zéro; tous deux ont une signification. Les alphabets dont on se sert dans les temps modernes sont des corruptions des alphabets primitifs. Les écritures Arabes et Persanes trouvées sur les arcades, les murs, le bord des vêtements, les vases de cuivre et les tapis sont d'un type très beau et parfait. On peut voir un grand sens symbolique dans les alphabets Chinois, Japonais, Sanscrits et beaucoup d'autres alphabets anciens où chaque ligne, point, courbe, possède une signification. Les anciens n'avaient pas l'habitude d'écrire chaque nom avec des lettres différentes, mais comme une image désignant ce qu'ils voulaient exprimer. L'image était divisée en différentes parties, chacune représentant généralement un certain son, les alphabets furent composés de cette façon. A cause de cette division la véritable image fut perdue; cependant on peut encore trouver trace de certaines similitudes. Même actuellement, et bien que les formes d'écriture soient très corrompues, on peut encore déchiffrer la vie d'un être, son caractère ou son destin d'après l'apparence d'un certain nom écrit en quelque langue que ce soit. Par exemple, un nom commençant par un "I" prouve un égo ferme et droit avec l'unité, l'amour de Dieu et la poursuite de la vérité. "E" représente une nature ombrageuse, hésitante et un intérêt dans trois directions. Une lettre forme une image et de même tout un mot. L'idée d'Allah est venue de l'homme et l'on peut lire ce mot "Allah" écrit dans la forme de la main. Le nom de baptême possède une influence plus grande que le nom de famille; parfois un sobriquet en a une plus grande encore. L'effet du nom se fait sentir suivant son usage: plus on l'emploie plus son effet est grand. Des diminutifs comme May pour Mary ou Bill ou Willie pour William amoindrissent l'effet du nom. Les noms donnés par des êtres Saints ont un double effet, celui du nom lui-même et celui de la volonté du Saint qui l'a donné. Maulabakhsh, le plus grand musicien de l'Inde à son époque, reçut son nom d'un fakir charmé d'entendre sa musique; il signifie "Dieu bénit". Après avoir adopté ce nom, il remporta des succès partout et fut comblé de récompenses et de mérites qui tous deux sont des dons rares de Dieu



L'on peut trouver maints exemples où le changement de nom apporte des modifications profondes dans la vie d'un homme. Nous lisons dans la Bible que la bénédiction de Jacob fut le nom d'Israël que lui donna l'ange.



Dans le Coran on s'adresse constamment à Mahomet sous un nom différent, particulier, ayant non seulement son effet sur la vie du Prophète, mais sur celle de ses disciples, tel ou tel de ces noms agissant psychiquement sur leurs vies. Depuis des siècles, les Soufis ont fait l'expérience de la valeur mystique de ces noms. Chez les Soufis, le Murshid donne à ses élèves le nom de " Talib" ou mourîd qui doit lui procurer avec le temps l'identité du nom.

La Lumière d'où vient toute vie existe sous trois aspects, à savoir: la lumière qui se manifeste comme intelligence, la lumière de l'abstrait et la lumière du soleil. L'activité de cette Lumière Unique fonctionne en ces trois aspects différents.



La première est causée par une lente et solennelle activité dans la Conscience Éternelle qu'on peut appeler conscience ou intelligence. Elle est intelligence lorsqu'il n'y a rien devant elle dont elle ait à prendre conscience, mais lorsque se trouve devant elle un signe intelligible, cette même intelligence devient consciente. Une activité normale dans la lumière de l'intelligence produit la lumière de l'abstrait au moment où le son abstrait se transforme en lumière. Cette lumière devient une torche pour Celui dont les yeux sont ouverts et qui voyage vers le but éternel. La même lumière, dans son activité intense, apparaît comme le soleil. Personne n'accepterait de croire sans hésiter que l'intelligence, la lumière abstraite et le soleil ne sont qu'un, cependant le langage ne peut se contredire lui-même et tous trois ont toujours été désignés sous le nom de lumière.



Ces trois aspects de la lumière unique se retrouvent dans la doctrine de la Trinité et celle de Trimurti qui existait chez les Hindous des milliers d'années avant le Christianisme et qui indique les trois aspects de l'Unité, l'Un étant trois. La substance commence à se développer dans la radiation, jusqu'à l'atome, mais elle existe auparavant comme vibration. L'homme accepte ce qu'il voit comme quelque chose d'existant; ce qu'il ne peut voir n'existe pas pour lui. Tout ce que l'homme perçoit, voit, sent, est matière et ce qui est la source et la cause de tout est esprit.



On peut comprendre la philosophie de la forme en étudiant le processus par lequel la vie invisible se manifeste en visible. De même que les ondes subtiles de vibrations produisent le son, ainsi les ondes plus fortes produisent la lumière. C'est ainsi que la vie invisible, incompréhensible et imperceptible parvient graduellement à se faire connaître en étant d'abord audible, puis visible, et c'est là l'origine, la seule source de toute forme. Le soleil est donc la première forme visible à nos yeux; il est l'origine et la source de toutes les formes du monde objectif; les anciens l'ont adoré comme Dieu pour cette raison et dans cette religion-mère nous pouvons retracer l'origine de toutes les autres. Nous pouvons aussi retrouver cette philosophie dans les paroles de Shams-e-Tabriz: "Quand le soleil montra sa face, les figures et les formes de tous les mondes apparurent, Sa beauté fit voir leur beauté, ils brillèrent dans son rayonnement; ainsi, par Ses rayons nous les vîmes, les connurent et les nommèrent".



Toutes les myriades de couleurs de l'univers ne sont que les différents degrés et nuances de lumière qui créa tous les éléments, orna si merveilleusement les cieux avec le soleil, la lune, les planètes et les étoiles; cette lumière qui fit la terre et l'eau avec toutes les beautés des sphères inférieures, sombres en certaines parties, brillantes en d'autres et que l'homme a nommé lumière et ombre. Le soleil, la lune, les planètes et les étoiles, l'éclat de l'électricité, celui du gaz, de la lampe, de la bougie, le charbon et le bois, tout montre la réapparition du soleil sous différentes formes. Le soleil se reflète en toutes choses, dans les cailloux ternes ou les diamants étincelants, et leur rayonnement est en rapport avec leur capacité de réflexion. Cela nous prouve que la lumière est la seule et unique source et la cause de toute la création. "Dieu est la lumière du Ciel et de la terre" (Coran). "Et Dieu dit que la Lumière soit, et la Lumière fut" (Genèse. 1.).



Quel que soit le plan dans lequel elle existe, toute forme est façonnée selon la loi d'affinité. Chaque atome attire à lui l'atome de son propre élément. Tout atome positif attire l'atome négatif de son élément propre et le négatif attire le positif; cependant chaque attraction est différente et distincte. Ces atomes se groupent et font ensemble une forme. Les atomes du plan abstrait se groupent entre eux et constituent des formes de lumière et de couleur; celui qui est doué de pénétration les perçoit, comme il perçoit aussi toutes les formes différentes des forces subtiles de la vie. Les formes du plan mental sont composées des atomes de ce plan; les yeux de l'esprit peuvent les voir et on les appelle imagination. Dans le plan physique on peut suivre ce processus sous une forme plus concrète.



Dans le plan abstrait, le mystique voit l'un ou l'autre élément prédominant à un moment donné: soit l'éther, l'air, le feu, l'eau ou la terre. Dans les forces subtiles de la vie, chaque élément se rend intelligible par la direction de son activité et par sa couleur; les formes variées de lumière montrent ses différents degrés d'activité. Le sentiment d'humour, par exemple, se développe en un humour plus grand et la mélancolie en tristesse profonde; il en est de même de l'imagination; toute pensée agréable engendre le plaisir et se développe en pensées plus agréables encore; toute imagination désagréable croît et devient plus intense. Sur le plan physique nous voyons que non seulement les hommes habitent ensemble dans les villes et les campagnes, mais les bêtes et les oiseaux vivent en bandes et en troupeaux. On trouve le charbon dans la mine du charbon et l'or dans la mine d'or; la forêt contient des milliers d'arbres et le désert pas un. Tout nous prouve ce pouvoir d'affinité qui réunit et groupe les atomes d'espèces semblables, en faisant des formes innombrables et créant par là une illusion aux yeux de l'homme qui oublie ainsi la Source Unique dans la manifestation de variété.



La direction que prend chaque élément pour créer une forme dépend de la nature de son activité. Par exemple une activité suivant une direction rectiligne montre l'élément de la terre; une direction descendante, l'élément de l'eau; une activité ascendante, l'élément du feu; l'activité qui se meut en zigzag, l'élément de l'air et la forme que prend l'éther est indistincte et brumeuse. Donc, aux yeux de celui dont l'esprit est pénétrant, la nature de toutes choses est simplifiée par leur forme et leur conditionnement et il connaît leur élément par leur couleur: le jaune étant la couleur de la terre, le vert de l'eau, le rouge du feu, le bleu de l'air et le gris de l'éther. Le mélange de ces éléments produit des mélanges de couleurs, dont les tons et les nuances varient de manière innombrable et la variété des couleurs dans la nature, apporte l'évidence de la vie illimitée derrière elles.



Toute activité de vibrations produit un certain son en rapport avec son dôme de résonance et avec la capacité du moule dans lequel la forme est façonnée. C'est ce qui explique le sens de l'ancien mot Hindou "Nada Brahmâ" qui veut dire "Son: le Dieu Créateur".



Les différentes formes de ce monde objectif se groupent et changent par la loi de construction et de destruction aussi bien que par celle d'adduction et de réduction. Une étude attentive du groupement et de la dispersion constants des nuages nous révélera différentes formes en quelques minutes; c'est là une clef pour ce même processus qu'on peut voir dans toute la nature. La construction et la destruction, l'addition et la réduction dans les formes, tout évolue sous l'influence du temps et de l'espace. Toute forme se façonne et change suivant cette loi, car la substance diffère selon la longueur, largeur, hauteur, profondeur et la forme du moule dans lequel cette substance est modelée. Les traits sont formés suivant l'empreinte qui leur a été donnée. Il faut du temps pour faire une jeune et tendre feuille verte; il en faut aussi pour qu'elle passe du vert au rouge et au jaune; et c'est l'espace qui fait de l'eau un fossé, une source, un étang, une rivière, un fleuve ou un océan.



La loi de l'espace et du temps, les causes climatériques et raciales tout ensemble, peuvent entrer en ligne de compte dans la dissemblance des traits des races diverses à différentes périodes. Les Afghans ressemblent aux natifs du Punjab et les Cinghalais à ceux de Madras; les traits des Arabes ressemblent à ceux des Persans et les Chinois ressemblent de près aux Japonais; les Tibétains ressemblent aux natifs du Bhutan et les Birmans se rapprochent des Siamois. C'est bien la preuve que la proximité des pays où ils habitent est une cause amplement suffisante pour expliquer la similitude de leurs traits. Plus grandes sont les distances dans l'espace, plus la différence de caractéristiques est grande chez les individus. On peut noter la similitude des formes chez les germes, les vers et les insectes pour la même raison. Les enfants jumeaux se ressemblent généralement plus étroitement que les autres.



La forme dépend principalement du réfléchissement. C'est la réflexion du soleil sur la lune qui nous la fait apparaître ronde comme le soleil. Toute la création inférieure évolue suivant la même loi. Les animaux qui commencent à ressembler à l'homme sont parmi ceux qui font partie de son entourage et le voient journellement. Un homme qui prend soin des animaux commence à leur ressembler; nous voyons que le maître d'hôtel d'un colonel a le port d'un soldat, qu'une servante de couvent prend avec le temps, l'apparence d'une nonne.



Comme tout est sujet à changement, rien n'est semblable à ce qu'il était au moment précédent, bien que la modification puisse être imperceptible et qu'on la constate seulement lorsqu'elle est bien déterminée. La fleur, de bouton devient fleur, puis fruit; et le fruit vert, fruit mûr.



Même les pierres changent; on en a connu certaines dont la modification était perceptible dans les vingt-quatre heures.



Le temps exerce une grande influence sur tout, êtres et choses, comme on peut le constater par le changement de l'enfance à la jeunesse et de l'âge mûr à la vieillesse. En Sanscrit le temps est donc appelé Kala, qui veut dire destruction; car aucun changement n'est possible sans destruction. En d'autres termes, la destruction peut être qualifiée de modification. Toutes choses que nous voyons aujourd'hui, naturelles ou artificielles, diffèrent grandement par leurs formes de ce qu'elles étaient plusieurs milliers d'années auparavant; on peut le remarquer non seulement dans les fruits, les fleurs, les oiseaux et les animaux, mais aussi dans la race humaine; car, de temps en temps, la structure de l'homme a subi différentes modifications.



La forme humaine se divise en deux parties, chacune d'elles ayant ses attributs spéciaux. La tête est le corps spirituel et la partie inférieure le corps matériel. Par conséquent, en comparaison du corps, la tête a une importance beaucoup plus grand; c'est par là qu'un individu est capable d'en reconnaître un autre, car la tête est la seule partie distinctive de l'homme. Le visage exprime la nature de l'homme et sa condition dans la vie, ainsi que son passé, son présent et son avenir. Quand on lui demanda, si le visage serait brûlé dans le feu de l'enfer, le Prophète répondit: "Non, le visage ne sera pas brûlé car Allah a dit: Nous avons modelé l'homme à Notre propre image".



La similitude entre les choses et les êtres aussi bien qu'entre les bêtes et les oiseaux, les animaux et les hommes, peut nous révéler énormément des secrets de leur nature. Les sciences de la phrénologie et physiognomonie furent découvertes non seulement en examinant la vie des hommes de physionomies différentes, mais principalement en étudiant la similitude qui existe entre eux et les animaux. Par exemple, l'homme qui a les traits du tigre unira une qualité dominatrice et portée au courage, à la colère et la cruauté. Un homme dont le visage ressemble au cheval sera par nature subordonné; un homme à face de chien aura une tendance batailleuse alors qu'une face de souris montrera de la timidité. Il existe quatre sources d'où dérivent la physionomie et la forme humaine et elles sont la source des modifications que subissent celles-ci. Ce sont les attributs inhérents à l'âme de l'homme; les influences dont il a hérité; les impressions de son entourage; enfin l'impression qu'il a de lui-même, de ses pensées et ses actions, des vêtements qu'il porte, la nourriture qu'il absorbe, l'air qu'il respire et la façon dont il vit.



Dans la première de ces sources, l'homme est impuissant car il n'a pas le choix. Ce ne fut pas le désir d'un tigre d'être tigre, pas plus que ce ne fut le choix du singe d'être singe; et ce ne fut pas le choix de l'enfant de naître mâle ou femelle. Cela prouve que la première source de la forme humaine dépend des attributs inhérents que l'âme apporte avec elle. Les mots ne peuvent jamais exprimer d'une manière adéquate la sagesse du Créateur qui non seulement a façonné et formé le monde, mais a donné à chaque être la forme qui convenait à ses besoins. Les animaux des régions froides sont pourvus d'une épaisse fourrure qui les protège contre le froid; les bêtes des tropiques ont reçu une forme qui leur convient; les oiseaux de la mer ont des ailes appropriées à la mer et ceux de la terre des ailes convenant à la terre. Les oiseaux et les animaux ont des formes en rapport avec leurs habitudes dans la vie. La forme de l'homme proclame son degré d'évolution, sa nature, son passé et son présent aussi bien que sa race, sa nation et son entourage, son caractère et son destin.



De la deuxième source, l'homme hérite de la beauté de ses ancêtres, ou son opposé; mais, pour ce qui est de la troisième, la forme de l'homme dépend de la façon dont il l'a modelée. La construction de sa forme dépend de l'équilibre et de la régularité de sa vie et des impressions qu'il reçoit du monde; car, suivant l'attitude qu'il prend envers la vie, chacune de ses pensées ou de ses actions augmente, réduit ou fait changer de place les atomes de son corps; ceux-ci forment les lignes, les muscles de ses formes et de ses traits. Ainsi le visage de l'homme reflète sa joie, sa tristesse, son plaisir ou son mécontentement, sa sincérité ou sa fausseté et tout ce qui se développe en lui. Les muscles de sa tête indiquent au phrénologue les conditions de sa vie. Il existe une forme dans la pensée et les sentiments que nous percevons sous l'aspect de beauté ou de laideur. C'est dans la nature de l'évolution que tout être, depuis le moins développé jusqu'au plus perfectionné de la manifestation, évolue par son contact avec une forme plus parfaite. Les animaux qui, dans leur évolution approchent l'homme, ressemblent à l'homme primitif, et ceux qui sont en contact avec l'homme acquièrent dans leur forme des traces de ressemblance avec lui. On peut le comprendre en étudiant de près la structure de l'homme dans le passé et de l'amélioration qui s'est produite en lui.



La nature de la création est de toujours progresser vers la beauté. "Dieu est beau et Il aime la beauté" (Coran). La nature du corps est de s'embellir, celle de l'esprit d'avoir de belles pensées; le cœur aspire aux beaux sentiments. Donc l'enfant doit devenir chaque jour plus beau et l'ignorance cherche à devenir intelligence. Lorsque le progrès se dirige inversement, cela prouve que l'individu a perdu la voie du progrès naturel. Le progrès se fait sous deux formes: naturelle et artificielle, cette dernière n'étant qu'une imitation de la première.


Le mouvement est la conséquence de la vie et la loi du mouvement est rythme. Le rythme est la vie manifestée sous l'apparence des mouvements et sous chacune de ces apparences il semble attirer l'attention de l'homme: l'enfant est heureux du mouvement de son hochet et calmé par le balancement de son berceau, comme l'adulte jouit de chaque jeu, sport ou distraction; qu'ils soient tennis, cricket, golf, lutte ou boxe, ils sont rythme travesti sous une forme ou l'autre. Il en est de même des distractions intellectuelles; l'essence de l'esprit et de la vie, de la poésie et de la musique vocale ou instrumentale est le rythme. Un dicton Sanscrit nous dit que le ton est la mère de la nature, tandis que le rythme en est le père. Bien que n'ayant aucune idée du temps, un enfant habitué à prendre ses repas à des heures régulières, les réclame à ces mêmes heures. Cela s'explique par le fait que la nature même de la vie est rythme. L'enfant commence sa vie sur terre en agitant bras et jambes, montrant ainsi le rythme de sa nature et illustrant l'enseignement de cette philosophie que le rythme est le signe de la vie. La tendance à danser qui se fait sentir en tout être humain, présente aussi l'évidence de cette nature innée de beauté qui choisit le rythme comme mode d'expression.



Le rythme produit une extase inexplicable et qui n'est comparable à aucune autre source d'ivresse. C'est pourquoi la danse a été le passe-temps le plus fascinant de tous les peuples, tant civilisés que sauvages, ravissant aussi bien le saint que le pécheur. Les races qui ont tendance à un rythme fortement accentué doivent être de nature vigoureuse. Le Ragtime, si populaire à notre époque vient de la race noire; la syncope est le secret de son charme et l'expression naturelle du rythme de cette race.



Le rythme du Jazz éveille une sorte de vie chez ceux qui le pratiquent aussi bien que chez ceux qui l'écoutent, et c'est l'amour de cette vie qui a donné au Jazz-band une telle popularité. Chez maintes tribus sauvages des différentes parties du monde, les danses présentent un rythme très prononcé; c'est la preuve que le rythme n'est pas dû à une culture, mais qu'il est naturel. Parmi les Européens, les Espagnols, les Polonais, les Hongrois, et les Russes sont particulièrement attirés vers le rythme. Le secret du succès des Ballets Russes et des danses espagnoles réside dans leur rythme exquis. Chez les races asiatiques la musique mongole est principalement basée sur le rythme qui y est plus prononcé que la mélodie. Il est également accentué dans la musique turque et Persane et chez les Arabes la variété des rythmes est immense. En Inde cependant, la culture du rythme est parvenue à la perfection. Là, un musicien consommé improvise une mélodie en conservant la même mesure à travers toute l'improvisation. Pour devenir un musicien expert en Inde, on doit être complètement maître non seulement du raga et de la gamme, mais aussi de Tala, le rythme. De par leur race, les Hindous sont naturellement enclins au rythme; leur danse Tandeva Nrütya, la danse du Sud, est une expression du rythme dans le mouvement.



La science musicale Hindoue comporte cinq rythmes différents qui proviennent généralement de l'étude de la nature:

I° Chatura, le rythme à quatre temps qui fut inventé par les Devas ou hommes divins.
II° Tisra, le rythme à trois temps, inventé par les Rishis, ou Saints.
III° Khanda, le rythme à cinq temps inventé par les Rakshasas.
IV° Mistra, le rythme à sept temps inventé par le peuple.
V° Sankrian, le rythme à neuf temps inventé par la classe commerciale.



Mahadeva, le grand Seigneur des Yogis, fut le danseur du Tandeva Nrütya et sa compagne Parvati dansait le Lassia Nrütya.



Les traditions Hindoues relatent comme des plus sacrée la légende mystique de leur Seigneur Shri Krishna dansant avec les Gôpis. L'histoire raconte comment Krishna, le charmant jeune Seigneur des Hindous, parcourant les demeures des bergers, attira toutes les filles par son charme et sa beauté; chacune lui demandant de danser avec elle, il le leur promit: chacune danserait avec lui à la pleine lune. Cette nuit de la pleine lune venue, seize cents Gôpis se rassemblèrent et le miracle de Krishna s'accomplit. Il apparut à chaque Gôpi comme un Krishna individuel et toutes, au même moment, dansèrent avec leur Seigneur bien-aimé.



L'islam possède une tradition suivant laquelle la musique, la danse, tous les amusements et les occupations frivoles sont strictement prohibés. A l'occasion d'un jour de fête, le Prophète fit venir sa femme Ayasha pour écouter la musique de quelques musiciens de la rue et regarder danser. Son grand Khalife survint et fut scandalisé de voir que le Prophète, auteur des prohibitions, tolérait qu'on fît de la musique devant sa maison. Il fit interrompre la musique, montrant du doigt aux musiciens que là se trouvait la demeure du Prophète. Mais Mahomet les pria de continuer, disant que c'était un jour de fête et qu'il n'existait pas de cœur qui ne fût ému par le mouvement du rythme.



Dans la tradition des Soufis, Rakhs, la danse sacrée de l'extase spirituelle qui subsiste encore de nos jours parmi les Soufis d'Orient, date de l'époque où la contemplation du Créateur imprima si profondément la merveilleuse réalité de sa vision dans le cœur de Djalal-ud-Din-Roumi que celui-ci s'absorba entièrement dans la seule et complète immanence de la nature. Il tourna rythmiquement au point que les pans de ses vêtements formèrent un cercle et les mouvements de ses mains et de son cou en formèrent un autre; c'est en mémoire de ce moment de vision qu'est célébrée la danse des Derviches.



Dans la création inférieure même, les bêtes et les oiseaux expriment toujours leur joie par leurs danses: le paon, lorsqu'il est conscient de sa beauté, de la beauté de la forêt qui l'entoure, exprime sa joie en dansant. La joie suscite la passion et l'émotion chez toutes les créatures vivantes.



En Orient et spécialement en Inde, depuis des siècles, la vie des gens a été basée sur des principes psychologiques. Aussi, dans les processions royales ou aux Durbars, on se sert des roulements de tambour pour impressionner l'esprit des foules par la grandeur royale; ces mêmes roulements de tambour ont lieu dans les cérémonies de mariages et les services des Temples.



Les Soufis, dans le but d'éveiller cette nature émotive, généralement endormie dans l'homme, possèdent une pratique rythmique qui établit le rythme dans tout le mécanisme du corps et de l'esprit.



Consciemment ou inconsciemment, chez tous les êtres il existe une tendance au rythme. Chez les nations européennes, l'expression du plaisir se manifeste par les applaudissements; un signe d'adieu se fait en agitant la main, ce qui forme un rythme.



De façon ou d'autre, tout labeur, toute peine, si difficiles et pénibles soient-ils deviennent plus aisés par le pouvoir du rythme; cette idée ouvre au penseur une marge plus profonde encore pour étudier la vie.



Qu'on le nomme jeu, amusement, poésie, musique ou danse, sous tous ses aspects le rythme est la véritable nature de toute la constitution de l'homme. Quand tout le mécanisme de son corps travaille dans son rythme, le battement du pouls, du cœur, de la tête, la circulation du sang, la faim et la soif, tout dénote le rythme et c'est la rupture du rythme qu'on appelle maladie. Lorsque l'enfant pleure et que la mère ignore la cause de son mal, elle le prend dans ses bras, le couche sur le ventre et lui tapote le dos. Cela rétablit le rythme de la circulation du sang, des pulsations et de tout le mécanisme du corps; autrement dit, remet le corps en ordre et calme l'enfant. Le petit poème "Pat a cake" qu'on récite sous une forme ou l'autre dans les nursery du monde entier, guérit l'enfant de son agitation en établissant le rythme dans tout son être.



Pour découvrir la véritable nature de la maladie les médecins se rapportent plus à l'examen du pouls qu'à toute autre chose en y joignant l'examen des battements du cœur et le mouvement des poumons dans la poitrine et le dos. Le rythme joue un rôle des plus importants non seulement dans le corps, mais aussi dans l'esprit; le changement de la joie à la tristesse, la façon dont les pensées s'élèvent et retombent, et tout le travail de l'esprit manifestent le rythme; toute confusion et désespoir semblent s'expliquer par le manque de rythme dans l'esprit.



En Orient, et surtout en Inde, les guérisseurs des temps passés avaient la coutume suivante: pour guérir un mal d'origine psychologique (reconnu comme obsession ou effet de magie) ils excitaient la nature émotive du malade par un rythme accentué de leur tambour et de leur chant et faisaient en même temps remuer la tête de leur patient de haut en bas en suivant la mesure. Ce procédé éveillait ses émotions et l'incitait à dire le secret de son mal, dissimulé jusqu'alors sous le voile de la crainte, des conventions et du formalisme. Sous l'influence du charme produit par le rythme, le malade confessait tout au guérisseur et celui-ci pouvait ainsi découvrir la source de la maladie.



Les mots "réfléchi" et "irréfléchi" signifient un état d'esprit rythmique ou arythmique; l'équilibre qui est le seul support dans la vie, se maintient par le rythme. Qu'on soit éveillé ou endormi, la respiration qui conserve le contact entre l'esprit et le corps et relie l'esprit à l'âme a pour but de conserver le rythme à tout moment: les mouvements d'aspiration et d'expiration sont comparables à ceux des oscillations du balancier d'une horloge. Comme la respiration maintient toute la force et l'énergie, qu'elle est le signe de la vie et que sa nature est de se répandre alternativement sur la droite et la gauche, c'est la preuve que le rythme est de la plus grande importance dans la vie.



Comme le rythme est inné chez l'homme et maintient sa santé, toutes ses affaires dans la vie en dépendent aussi: son succès, son échec, ses actions justes ou mauvaises, tout d'une façon ou de l'autre, n'est dû qu'au changement du rythme. L'instinct de voler chez les oiseaux est un mouvement rythmique des ailes; c'est la même tendance à la contraction rythmique qui permet au poisson de nager, au serpent de ramper.



Une observation profonde montre que tout l'univers n'est qu'un seul mécanisme fonctionnant par la loi du rythme. La montée et la chute des vagues, le flux et le reflux des marées, la croissance et la décroissance de la lune, le lever et le coucher du soleil, le changement des saisons, le mouvement de la terre et des planètes, tout le système cosmique et la constitution de l'univers entier fonctionnent sous la loi du rythme. Les cycles de rythmes comprenant des cycles majeurs et des cycles secondaires s'interpénétrant, soutiennent dans leur balancement la totalité de la création. C'est ce qui démontre l'origine de la manifestation: ce mouvement a jailli de la vie immobile et chaque mouvement doit nécessairement résulter en un double aspect. Dès que vous agitez un bâton, son simple mouvement forme deux points: celui d'où il part et celui où il aboutit, l'un fort et l'autre faible, sur lesquels un chef d'orchestre comptera: "un, deux", "un, deux"; un accent prononcé et un accent faible; un mouvement possédant deux effets distincts et différents l'un de l'autre. C'est ce mystère qui se cache sous l'aspect dualiste de toute phase et forme de la vie. La raison, la cause et la signification de toute vie se trouveront dans le rythme.



On peut expliquer de la façon suivante la conception psychologique des rythmes employés en poésie ou en musique: chaque rythme possède un certain effet, non seulement sur les corps physique et mental du poète ou sur celui pour qui le poème est écrit, sur le musicien ou celui pour qui la mélodie est chantée, mais même sur les affaires de leur -vie. Ce qui vient de la croyance que la poésie ou la musique peuvent apporter bonne ou mauvaise chance au poète, au musicien et à celui qui les écoute, c'est que le rythme se cache sous la racine de toute activité constructive ou destructive, de sorte que le destin d'une affaire dépend du rythme de toute activité. Les expressions qu'on emploie journellement comme: "il était trop tard" ou "ce fut fait trop tôt", tout montre l'influence du rythme sur l'événement. Des exemples comme le naufrage du Titanic et les changements surprenants survenus pendant la dernière guerre, si on les étudiait avec soin, pourraient s'expliquer par l'influence du rythme agissant à la fois dans les sphères mentale et physique.



Chez les Indiens on trouve une superstition disant que lorsqu'une personne bâille dans une assemblée, quelqu'un d'autre doit claquer des doigts ou frapper des mains. Le sens caché de cette coutume est qu'un bâillement signifie un ralentissement du rythme et que le fait de claquer les doigts ou frapper les mains est censé ramener le rythme à son état primitif. Quand un enfant Musulman lit le Coran, il remue la tête en avant et en arrière. Le populaire suppose que c'est là un salut respectueux aux mots sacrés qu'il lit; mais psychologiquement parlant, cela l'aide à se rappeler le Coran en régularisant la circulation et faisant du cerveau un véhicule récepteur; de même que pour emplir un sac on le secoue parfois dans le but de faire plus de place. On peut le voir également quand une personne hoche la tête en acceptant une idée ou la secoue quand elle ne peut l'admettre.



Le mécanisme de toute espèce de machine travaillant par elle-même est organisé et maintenu par la loi du rythme; et c'est une autre preuve du fait que tout le mécanisme de l'univers est basé sur la loi du rythme.

Quand nous portons attention à la musique de la nature, nous trouvons que tout sur la terre contribue à son harmonie. Les arbres agitent joyeusement leurs branches au rythme du vent; le bruit de la mer, le murmure de la brise, le sifflement du vent à travers les rochers, les collines et les montagnes; l'éclair de la foudre et le grondement du tonnerre, l'harmonie du soleil et de la lune, le mouvement des étoiles et des planètes, l'épanouissement de la fleur, la flétrissure de la feuille, l'alternance régulière du matin, du soir, du zénith et de la nuit, tout révèle la musique de la nature à l'esprit pénétrant.



Les insectes ont leurs concerts et leurs ballets, et les chœurs des oiseaux chantent à l'unisson leurs hymnes de glorification. Les chiens et les chats ont leurs bacchanales, les renards et les loups leurs soirées musicales dans la forêt, tandis que les tigres et les lions ont leurs opéras dans le désert. La musique est le seul moyen de se comprendre entre bêtes et oiseaux; on peut le constater par les modulations de leur timbre et l'ampleur de leur son, leur mode d'harmonie, le nombre des répétitions et la durée de leurs notes variées qui sont un appel à leurs semblables pour rejoindre la horde; ou l'avertissement d'un danger proche, la déclaration de guerre, le sentiment d'amour et le sens de sympathie, mécontentement, passion, colère, crainte ou jalousie; tout cela formant en soi-même un langage.



Chez l'homme, la respiration est un ton constant et le battement du cœur, du pouls et de la tête, conserve continuellement le rythme. L'enfant répond à la musique avant d'avoir appris à parler; il bouge les mains et les pieds en mesure et il exprime son plaisir et sa peine dans des tons différents.



Au début de la création humaine, il n'existait pas de langage comparable à ceux que nous employons aujourd'hui; il n'y avait que la musique. L'homme exprima d'abord ses pensées et ses sentiments par des sons hauts et bas, courts et prolongés. La profondeur de son ton exprimait sa force et son pouvoir, et l'élévation de son timbre, l'amour et la sagesse. Il exprimait sa sincérité, son manque de sincérité, son penchant ou sa répulsion, son plaisir ou son mécontentement, par la variété de ses expressions musicales.



La langue touchant différents points dans la bouche, et les différentes manières d'ouvrir et de fermer les lèvres, produisaient la variété des sons. Le groupement des sons formait des mots exprimant des sens différents par leurs modes d'expression variés. C'est ce qui transforma graduellement la musique en langage, mais le langage ne put jamais se libérer de la musique.



Un mot prononcé dans un certain ton exprime la dépendance, tandis que dans un ton différent, le même mot exprime le commandement; un mot dit avec une certaine élévation de voix montre l'amabilité, alors qu'il exprime la froideur dans un ton différent. Prononcés dans un certain rythme, des mots montrent la bonne volonté quand les mêmes, émis avec une certaine rapidité, prouvent le mauvais vouloir. Jusqu'à nos jours, les anciennes langues, Sanscrit, Arabe, Hébreux, ne peuvent être maîtrisées par la simple étude des mots, de la prononciation et de la grammaire, parce qu'un rythme particulier, comme une expression tonale, sont nécessaires. Le mot en lui-même est fréquemment insuffisant pour exprimer clairement le sens de ce qui a voulu être dit. Celui qui étudie profondément la langue peut seul le découvrir. Les langues modernes elles-mêmes ne sont qu'une simplification de la musique. Nul mot d'aucune langue ne peut être prononcé d'une seule et même façon sans distinction de ton, de hauteur de voix, de rythme, accent, pause et arrêt. Un langage, si simple soit-il, ne peut exister sans avoir en lui la musique; la musique lui donne une expression concrète. C'est pour cette raison qu'une langue étrangère est rarement bien parlée; on en connaît les mots, mais on n'en a pas maîtrisé la musique.



On peut dire du langage que c'est une simplification de la musique; elle est cachée en lui comme l'âme est cachée dans le corps; à chaque étape vers la simplification, le langage a perdu une partie de sa musique. Une étude des traditions anciennes nous révèle que les premiers Messages divins furent donnés sous forme de chants. Tels furent les Psaumes de David, les Chants de Salomon, les Gathas de Zoroastre et le Gîta de Krishna. Quand le langage devint plus complexe, il ferma pour ainsi dire une aile: le sens du ton, conservant l'autre déployée: le sens du rythme. C'est ce qui fit de la poésie un sujet distinct et séparé de la musique. Les religions, philosophies, sciences et arts des temps anciens, furent exprimés en poésie. Les Védas, les Puranas, le Ramâyana, le Mahabarata, le Zendavesta, la Kabala et la Bible, se trouvent sous forme de vers comme le sont différents arts et sciences des langues antiques. Parmi les Écritures, la seule œuvre en prose est le Coran qui, lui-même, n'est pas dépourvu de poésie. En Orient, même récemment, non seulement les manuscrits de science, art et littérature, étaient écrits sous forme de poésie, mais les savants même s'entretenaient en vers. Au stade suivant, l'homme libéra le langage des liens du rythme, et de la poésie fit la prose. Bien que l'homme ait essayé d'affranchir la langue de l'entrave du ton et du rythme, en dépit de tout, l'esprit de la musique subsiste encore. L'homme préfère entendre la poésie récitée et la prose bien lue, ce qui prouve en soi que l'âme est à la recherche de la musique, même dans le son des mots.



Le chant berceur de la mère calme l'enfant et l'endort, la musique animée le porte à danser. C'est la musique qui double le courage et la force d'un soldat marchant vers le champ de bataille. En Orient, quand les caravanes vont en pèlerinage, voyageant d'un endroit à l'autre, elles chantent en avançant. En Inde, les coolies chantent en travaillant, et le rythme de la musique facilite pour eux le labeur le plus pénible.



Une légende ancienne raconte comment les anges chantèrent sur l'ordre de Dieu afin de persuader l'âme récalcitrante d'entrer dans le corps d'Adam. L'âme grisée par le chant des anges entra dans le corps qu'elle regardait comme une prison.



Tous les spirites qui ont réellement sondé les profondeurs du spiritisme se sont rendus compte qu'il n'y a pas de meilleur moyen que la musique pour attirer les esprits de leur plan de liberté au plan extérieur. Ils se servent de différents instruments qui en appellent à certains esprits, et chantent des chants qui ont un effet spécial sur l'esprit particulier avec lequel ils désirent communiquer. Il n'y a rien de plus magique que la musique pour produire un effet sur l'âme humaine.



Le goût de la musique est un instinct inné chez l'homme, et il se fait jour dès l'enfance. Depuis son berceau, l'enfant connaît la musique, mais à mesure qu'il grandit dans ce monde d'illusions, son esprit devient absorbé par tant d'objets divers qu'il perd l'aptitude à la musique, possession de son âme. En grandissant, il jouit de la musique et l'apprécie suivant son degré d'évolution et la nature du milieu dans lequel il est né et où il a grandi: l'homme du désert chante son chant sauvage, et celui de la ville ses chants populaires. Plus l'homme devient raffiné, plus il jouit de la musique subtile. L'influence du caractère crée en chacun une tendance pour la musique dont il est proche; en d'autres termes, l'homme gai aimera la musique légère tandis que l'esprit sérieux préférera le classique, et le niais sera satisfait de son tambour.



L'art de la musique comprend cinq aspects différents: le populaire qui incite aux mouvements du corps, le technique qui satisfait l'intellect, l'artistique qui possède grâce et beauté, l'émouvant qui pénètre le cœur, le sublime par lequel l'âme est accordée avec l'infini.



L'effet de la musique dépend non seulement du talent, mais aussi de l'évolution de l'exécutant. Son effet sur l'auditeur est en rapport avec sa connaissance et son évolution. C'est pour cela que la valeur de la musique diffère suivant chaque individu. Pour celui qui est satisfait de lui-même, il n'y a aucune chance de progrès, parce qu'il se cramponne avec contentement à son goût, accordé à sa connaissance et selon son état d’évolution, refusant d'avancer à un degré plus élevé que son niveau présent. Celui qui, graduellement, progresse dans la voie de la musique, atteint finalement à sa plus haute perfection. Aucun autre art ne peut, comme la musique, inspirer et adoucir la personnalité; celui qui aime la musique atteint tôt ou tard le champ de pensée le plus sublime.



L'Inde a conservé le mysticisme du son et son diapason découverts par les anciens; sa musique en est l'expression.



La musique indienne est basée sur le principe du Raga, prouvant par là qu'elle est proche de la nature. Elle s'est évadée des limitations de la technique en adoptant une méthode purement "inspirationnelle".



Les Ragas dérivent de cinq sources différentes: la loi mathématique de variété; l'inspiration des mystiques; l'imagination des musiciens; les chants naturels particuliers aux gens résidant dans les différentes parties du pays; l'idéalisation des poètes qui firent un monde de ragas nommant l'un "rag", le mâle, un autre "ragini" la femelle, et d'autres "putra", fils et "bharja", belles-filles.



On appelle "raga" le thème mâle à cause de sa nature créatrice et positive; "ragini" le thème femelle en raison de sa qualité réceptive et subtile. Les putras sont ces sortes de thèmes dérivés du mélange des ragas et des raginis; l'on peut y trouver des ressemblances avec les ragas et les raginis d'où ils découlent. Bharja est le thème qui répond au putra. Il y a six ragas, trente-six raginis (six appartenant à chacun des ragas), quarante-huit putras et quarante-huit bharjas qui constituent cette famille.



Chaque raga possède une structure qui lui est propre, comprenant un chef, Mukhya, la tonique; un roi, Wadi, la note principale; Samwadi, un ministre, la note secondaire; Anuwadi, un serviteur, une note assonante; Vivadi, un ennemi, une note dissonante. Cela donne à celui qui étudie le raga une conception claire de son usage. Chaque raga a son image propre, distincte des autres, et représente la plus haute portée de l'imagination.



Les poètes ont dépeint les images des ragas exactement comme la représentation de chaque aspect de la vie est claire à l'imagination d'un être intelligent. Les dieux et les déesses des temps passés n'étaient simplement que les représentations des différents aspects de la vie; pour enseigner le culte de l'immanence de Dieu dans la nature, on plaça ces différentes images dans les temples afin que Dieu put être adoré en chacun de Ses aspects de manifestation. Cette même idée fut réalisée dans les images des ragas qui créent, avec une imagination subtile, les type, forme, figure, action, expression et effet de l'idée. Chaque heure du jour et de la nuit, chaque jour, semaine, mois, saison, possède son influence sur la condition physique et mentale de l'homme. Ainsi chaque raga a pouvoir sur l'atmosphère aussi bien que sur la santé et l'esprit de l'homme; le même effet que celui montré dans les différents temps de la vie, assujettis à la loi cosmique . En connaissant les deux, le temps et le raga, le sage les a unis pour se convenir mutuellement.



Il y en a des exemples dans la tradition du passé quand la flûte de Krishna charma les oiseaux et les animaux, que les rocs furent attendris par le chant d'Orphée, et que le Dipack Raga chanté par Tansen alluma toutes les torches alors qu'il fut lui-même brûlé par le feu intérieur produit par son chant. Même de nos jours, en Inde, les serpents sont charmés par le Pungi (sorte de flûte) des charmeurs de serpents. Tout cela nous indique combien les anciens ont dû plonger dans le plus mystérieux océan de musique.



Le secret de la composition repose dans le ton, solidement soutenu, aussi longtemps que possible, à travers tous ses différents degrés; une rupture détruit sa vie, sa grâce, son pouvoir et son magnétisme, exactement comme la respiration retient la vie et possède toute grâce, pouvoir et magnétisme. Certaines notes ont besoin d'une vie plus longue que d'autres, suivant leur caractère et leur but.



Dans une composition vraie, on voit la musique de la nature en miniature. Les effets du tonnerre, de la pluie, la tempête, les représentations des collines et des rivières, font de la musique un art réel. Bien que l'art soit une improvisation sur la nature, il n'est pourtant vraiment authentique qu'en s'en approchant. La musique qui exprime la nature et le caractère des individus, des nations et des races, est encore plus élevée; mais la forme de composition la plus haute, la plus idéale, est celle qui exprime la vie, le caractère, les émotions et les sentiments; car c'est le monde intérieur que seuls peuvent voir les yeux de l'esprit. Un génie se sert de la musique comme d'une langue pour exprimer pleinement, sans le secours des mots, tout ce qu'il peut désirer faire connaître; car la musique, langage parfait et universel, peut exprimer les sentiments plus clairement qu'aucune autre langue.



La musique perd sa liberté en s'assujettissant aux lois de la technique; mais, dans leur musique sacrée, les mystiques, indifférents aux éloges du monde, affranchissent à la fois leurs compositions et leurs improvisations des limitations de la technique.



En Orient, on nomme Kala l'art de la musique. Il possède trois aspects: vocal, instrumental et gestuel. On considère la musique vocale comme la plus élevée parce qu'elle est naturelle. L'effet produit par un instrument (qui n'est seulement et simplement qu'une machine) ne peut se comparer à celui produit par la voix humaine. Si parfaites que soient les cordes, elles ne peuvent faire sur l'auditeur la même impression que la voix. La voix vient directement de l'âme, comme souffle; elle est amenée à la surface par l'intermédiaire de l'esprit et des organes vocaux du corps. Lorsque l'âme désire s'exprimer dans la voix, elle cause d'abord une activité dans l'esprit, et l'esprit, au moyen de la pensée, projette des vibrations subtiles dans le plan mental; celles-ci, en temps voulu, se développent et circulent comme souffle dans les régions de l'abdomen, des poumons, de la gorge, de la bouche et des organes nasaux, faisant vibrer l'air à travers tous, jusqu'à ce qu’il se manifestent à la surface, en tant que voix. La voix exprime donc naturellement l'attitude de l'esprit, vraie ou fausse, sincère ou non.



La voix possède tout le magnétisme dont manque l'instrument, car la voix est l'instrument idéal de la nature qui servit de modèle à tous les autres instruments du monde.



L'effet produit en chantant dépend de la profondeur du sentiment du chanteur. La voix d'un chanteur sympathique est totalement différente de celle qui émane d'un chanteur dépourvu de cœur. Si cultivée artificiellement que puisse être une voix, elle sera toujours privée de sentiment, de grâce et de beauté, si le cœur lui-même n'est pas développé. Le chant possède une double source d'intérêt: la grâce de la musique et la beauté de la poésie. Plus l'artiste sent ce qu'il chante, plus il impressionne l'auditoire; son cœur, pour ainsi dire, accompagne le chant.



Bien que le son produit par un instrument ne puisse être créé par la voix, l'instrument, cependant, est totalement dépendant de l'homme. Cela explique clairement la façon dont l'âme fait usage de l'esprit et dont l'esprit gouverne le corps; il semble pourtant que le corps agisse, non l'esprit, et que l'âme soit en dehors. Lorsque l'homme entend le son d'un instrument, et voit le travail de la main de l'artiste, il ne voit pas l'esprit qui agit, ni le phénomène de l'âme.



A chaque pas, depuis l'être intérieur jusqu'à la surface, se produit un progrès apparent qui paraît être plus positif; cependant chaque pas vers la surface entraîne la limitation et la dépendance.



Il n'y a rien qui puisse servir de médium au son, bien que le ton se manifeste plus clairement à travers un corps sonore qu'à travers un corps solide: le premier étant ouvert aux vibrations tandis que le second leur est fermé. Toutes choses qui rendent un son clair font preuve de vie, tandis que les corps solides, engorgés par la substance, paraissent morts. La résonance est la retenue du son; en d'autres termes, c'est le rebondissement du son qui produit un écho. Tous les instruments sont construits sur ce principe, leur différence résidant dans l'ampleur et la qualité du timbre qui dépend de la construction de l'instrument. Les instruments à percussion comme le Tabla ou le tambour, conviennent pour la musique d'ordre pratique, et les instruments à cordes comme le Sitar, le violon ou la harpe, sont destinés à la musique artistique. Le Vîna est spécialement construit pour concentrer les vibrations, parce qu'il donne un son faible, que seul peut entendre le joueur; on s'en sert pour la méditation. L'effet de la musique instrumentale dépend aussi de l'évolution de l'homme qui, sur l'instrument, exprime son degré d'évolution avec le bout des doigts; autrement dit, son âme parle à travers l'instrument. On peut y lire l'état d'esprit d'un homme par son toucher sur n'importe quel instrument, car si grand, si habile puisse-t-il être, sans un sentiment développé au fond de lui-même, il ne peut produire, par son seul talent, la grâce et la beauté qui en appellent au cœur.



Les instruments à vent comme la flûte et l'Algosa expriment particulièrement les qualités du cœur, car on les joue avec le souffle qui est la vie même; ils allument donc le feu du cœur. Les instruments à cordes de boyaux ont un effet vivant parce qu'ils viennent d'une créature vivante qui, une fois, possédait un cœur; les instruments à cordes métalliques ont un effet électrisant, et les instruments à percussion comme le tambour, ont sur l'homme un effet stimulant et animateur.



Après la musique vocale et instrumentale, vient la musique en mouvement de la danse. Le mouvement est la nature de la vibration. Tout mouvement contient en lui-même une pensée et un sentiment. Cet art est inné chez l'homme; le premier plaisir de l'enfant dans la vie est de s'amuser avec le mouvement de ses pieds et de ses mains; un enfant qui entend la musique commence à bouger. Les bêtes mêmes, et les oiseaux, expriment leur joie en mouvement. Le paon orgueilleux, dans la vision de sa beauté, exhibe sa vanité en dansant; de même, le cobra déploie son chaperon et balance son corps lorsqu'il entend la musique du Pungi. Tout cela prouve que le mouvement est signe de vie, et quand il s'accompagne de musique, il crée le mouvement à la fois chez l'artiste et le spectateur.



Les mystiques ont toujours considéré l'art de mouvement comme un art sacré. Les Écritures hébraïques nous présentent David dansant devant le Seigneur; les dieux et déesses des Grecs, Égyptiens, Bouddhistes et Brahmanes, sont représentés en différentes attitudes qui, toutes, ont un certain sens, une certaine philosophie relative à la grande danse cosmique qui est évolution. Même de nos jours, parmi les Soufis d'Orient, la danse fait partie de leurs réunions sacrées appelées Suma, car la danse est la manifestation de la joie; au Suma, les derviches donnent libre cours à leur extase en Rakhs, - considéré avec grand respect et vénération par ceux qui sont présents - et qui est en lui-même une cérémonie sacrée.



L'art de la danse a grandement dégénéré en raison de son mauvais usage. La plupart des gens recherchent la danse. Poussés par le goût de l'amusement ou le besoin d'exercice, et de par leur frivolité, ils en abusent.



Le ton et le rythme portent vers la tendance à danser. En résumé, l'on peut dire que la danse est une gracieuse expression de la pensée et du sentiment sans le secours de la parole. On peut en faire usage aussi pour impressionner I'âme par le mouvement en produisant devant elle une image idéale. Lorsque la beauté du mouvement est prise comme la représentation de l'idéal divin, la danse devient alors sacrée. La musique de la vie présente sa mélodie et son harmonie dans nos expériences quotidiennes. Chaque mot prononcé est une note juste ou fausse suivant le degré de notre idéal. Le timbre de voix de l'un est dur comme une corne, tandis que celui d'un autre est aussi doux que les notes élevées de la flûte.



Le progrès graduel de toute la création, depuis l'évolution la plus basse jusqu'à la plus haute, son changement d'un aspect à un autre, est comme la transposition en musique, la clef d'une mélodie changée en une autre. L'amitié et l'inimitié parmi les hommes, leurs sympathies et leurs antipathies, sont comme les accords et les dissonances. L'harmonie de la nature humaine et la tendance humaine à l'attraction et la répulsion sont, comme en musique, l'effet des intervalles consonants et dissonants.



Dans la tendresse du cœur, le ton se transforme en demi-ton; et quand le cœur se brise, le ton se brise en micro-tons. Plus le cœur s'attendrit, plus le ton devient sonore; plus le cœur s'endurcit, plus morts sont les sons.



Chaque note, chaque gamme et chaque accord, expirent au temps voulu; à la fin de l'expérience de l'âme, vient le final; mais l'impression subsiste, comme un concert dans un rêve, devant la vision rayonnante de la conscience.



Avec la musique de l'Absolu, la basse, le son fondamental, persiste continuellement; mais à la surface, et sous les différentes clés de tous les instruments de la nature, le son fondamental est caché et adouci. Chaque être, avec la vie, vient à la surface, puis retourne d'où il vient, comme chaque note retourne à l'océan du son. Le son fondamental de cette existence est le plus bruyant et le plus doux, le plus élevé et le plus bas; il submerge tous les instruments d'harmonie douce ou bruyante, haute ou basse, jusqu'à ce que tous, graduellement, se fondent en lui; le son fondamental est toujours et sera toujours.



Le mystère du son est appelé mysticisme; l'harmonie de la vie est Religion. La connaissance des vibrations se nomme Métaphysique, et l'analyse des atomes, Science; leur groupement harmonieux est l'Art. Le rythme de la forme est poésie et le rythme du son, musique. Cela montre que la musique est l'art des arts et la science de toutes les sciences; elle contient en elle-même la fontaine de toute connaissance.



On dit de la musique que c'est un art divin ou céleste, non seulement à cause de son usage dans la religion et la dévotion, mais en raison de sa subtilité en comparaison de tous les autres arts et sciences. Toute écriture sacrée, toute image sainte ou parole émise, produit l'impression de son identité sur le miroir de l'âme; mais la musique se présente à l'âme sans lui procurer aucune impression de forme ou de nom de ce monde objectif; ainsi elle prépare l'âme à réaliser l'Infini. Le Soufi, en ayant pris conscience, nomme la musique Ghiza-i-ruh, la nourriture de l'âme, et s'en sert comme source de perfection spirituelle; car la musique avive le feu du cœur, et la flamme qui en jaillit illumine l'âme. Dans ses méditations, le Soufi tire un plus grand profit de la musique que de toute autre chose. Son attitude dévotionnelle et méditative le rend réceptif à la musique qui l'aide dans son développement spirituel. La conscience, à l'aide de la musique, s'affranchit d'abord du corps, ensuite, de l'esprit. Parvenu à cet accomplissement, il n'y a plus qu'un degré à franchir pour atteindre la perfection spirituelle.



A toutes les époques, en quelque pays qu'ils aient vécu, les Soufis ont porté un profond intérêt à la musique; Roumi particulièrement, adopta cet art en raison de sa grande dévotion. Il écoutait, chantés par les Qawwals, musiciens accompagnés par des flûtes, les vers des mystiques sur l'amour et la vérité.



Le Soufi visualise dans son esprit l'objet de sa dévotion qui se reflète sur le miroir de son âme. Chacun possède un cœur, facteur de sentiment, bien que ce cœur ne soit pas vivant en chacun. Le Soufi le rend vivant en donnant libre cours à ses sentiments intenses par les larmes et les soupirs. En agissant ainsi, les nuages de Jelal, le pouvoir qui s'unit à son développement psychique, tombe en larmes comme des gouttes de pluie, et le ciel de son cœur est clair, permettant à l'âme de briller. Les Soufis regardent cet état comme l'extase sacrée.



Depuis l'époque de Djalal-ud-Din-Roumi, la musique est devenue partie de la dévotion dans l'ordre Mevlavi des Soufis. Généralement, en raison de leurs points de vue orthodoxes étroits, les masses ont rejeté les Soufis et leur ont fait opposition à cause de leur liberté de pensée, ainsi elles ont faussement interprété les enseignements du Prophète qui prohibait l'abus de la musique, mais non la musique dans le sens réel du terme. Pour cette raison, les Soufis créèrent un langage musical afin que les initiés seuls puissent comprendre le sens des chants. Beaucoup en Orient entendent ces chants et les aiment, sans en comprendre le sens réel.



Une branche de cet Ordre vint autrefois en Inde, et y fut connue sous le nom d'École Chishtia des Soufis. Khwaja Moin-ud-Din-Chishti, l'un des plus grands mystiques connus du monde, l'éleva à une haute renommée. Il ne serait pas exagéré de dire qu'il vivait réellement de musique; même de nos jours, bien que son corps soit dans la tombe depuis des siècles, sur son tombeau cependant, on entend toujours de la musique donnée par les meilleurs chanteurs et musiciens du pays. Cela prouve la gloire d'un sage affligé de pauvreté comparée à la pauvreté d'un roi glorieux: durant sa vie, l'un possède tout et le perd en mourant, tandis que la gloire du sage va toujours s'accroissant. Actuellement, la musique prévaut à l'école des Chishtis qui tiennent des assemblées musicales de méditation appelées Suma ou Qawwali. Ils y méditent sur l'idéal de leur dévotion qui est en rapport avec leur degré d'évolution, et ils développent le feu de leur dévotion en écoutant la musique.



Wajad, l'extase sacrée que les Soufis expérimentent d'habitude durant le Suma, peut être appelée l'Union avec l'Être désiré. Il y a trois aspects de cette union dont les Soufis font l'expérience à leurs différents degrés d'évolution. Le premier est l'union avec l'Idéal révéré de ce plan terrestre, présent devant le dévot, rempli d'amour, d'admiration et de gratitude; il devient alors capable de visualiser la forme de son idéal de dévotion en écoutant la musique.



Le second degré de l'extase, et l'aspect plus élevé d'union, est l'union avec la beauté du caractère de l'idéal, indépendant de la forme. Le chant, dans la louange du caractère idéal, aide l'amour du dévot à jaillir et à déborder.



Le troisième degré de l'extase est l'union avec le divin Bien-aimé, l'idéal le plus haut, qui est au-delà des limitations de nom et de forme, de vertu ou de mérite, avec lequel l'âme a constamment cherché l'union, et qu'elle a finalement trouvée. Cette joie est inexprimable. Quand les paroles de ces âmes, qui déjà ont atteint l'union avec le divin Bien-Aimé, sont chantées devant celui qui suit le sentier du divin amour, il voit toutes les indications de la route décrite en ces vers, ce qui est pour lui d'un grand réconfort. La louange de Celui qui est idéalisé ainsi, tellement différent de l'idéal du monde en général, le remplit d'une joie inexprimable.



L'extase se manifeste sous des aspects différents: parfois un Soufi peut être en larmes; parfois elle se manifestera par un soupir; parfois elle s'exprimera en Rakhs ou mouvements. Tous ceux qui sont présents à l'assemblée du Suma considèrent ces manifestations avec respect et vénération, parce que l'extase est considérée comme une bénédiction divine. Le soupir du dévot dégage pour lui un chemin dans le monde invisible, et ses larmes lavent les péchés des siècles. Toute révélation suit l'extase; toute connaissance qu'un livre puisse jamais contenir, un langage exprimer ou un Maître enseigner, vient à lui d'elle-même.


Les Soufis nomment le Son Abstrait Saut-e-Sarmad; tout l'espace en est rempli. Ses vibrations sont trop subtiles pour être audibles ou visibles aux oreilles ou aux yeux matériels, puisqu'il est même difficile pour eux de voir la forme et la couleur des vibrations éthérées sur le plan extérieur. Ce fut le Saut-e-Sarmad qu'entendit Mahomet dans la caverne de Gaz-e-Hira quand il se perdit dans son idéal Divin. Le Coran fait allusion à ce son dans les mots "Sois" et tout devint. Au mont Sinaï, Moïse entendit ce même son alors qu'il était en communion avec Dieu; et le Christ l'entendit alors que, dans le désert, il était absorbé en son Père Céleste. Shiva entendit le même Anahad Nada durant son Samâdhi dans la caverne de l'Himalaya.



La flûte de Krishna est le symbole du même son exprimé allégoriquement. Ce son est la source de toute révélation pour les Maîtres à qui il est révélé intérieurement; c'est pourquoi ils savent et enseignent une seule et même vérité.



Le Soufi connaît le passé, le présent et l'avenir et tout ce qui concerne la vie, par sa capacité de connaître la direction du son. Chaque aspect de notre être en lequel le son se manifeste, possède un effet particulier sur la vie, car l'activité des vibrations a un effet déterminé en chaque direction. Celui qui connaît le mystère du son connaît le mystère de l'univers entier. Celui qui a suivi les accords de ce son a oublié toutes les distinctions et différences terrestres; il est parvenu à ce but de vérité en lequel s'unissent tous les Êtres Bénis de Dieu. L'espace est au-dedans du corps aussi bien qu'autour de lui; en d'autres termes, le corps est dans l'espace et l'espace est dans le corps.



Cela étant, le son de l'abstrait se perpétue toujours en l'homme, près de lui, autour de lui. Généralement l'homme ne l'entend pas, sa conscience étant entièrement centrée dans son existence matérielle. Par l'intermédiaire de son corps physique, l'homme s'absorbe tellement dans ses expériences du monde extérieur, que l'espace, avec tous ses prodiges de lumière et de son, lui paraît vide.



On peut aisément le comprendre en étudiant la nature de la couleur. Il existe beaucoup de couleurs tout à fait distinctes par elles-mêmes; cependant, lorsqu'elles sont mélangées à d'autres, de teintes plus brillantes, elles sont éclipsées. Même les couleurs brillantes brodées d'or, d'argent, de diamants, ou de perles, servent simplement de fond à la broderie étincelante. Il en est de même du son Abstrait comparé à ceux du monde extérieur. Le volume limité des sons terrestres est si concret qu'il réduit à nos oreilles le son de l'abstrait, bien que ce dernier, en comparaison des sons terrestres, soit comme un tambour vis-à-vis d'un sifflet. Quand le son abstrait est audible pour le mystique, tous les autres sons lui deviennent indistincts.



Dans les Védas, le son de l'abstrait est appelé Anahad, le son illimité. Les Soufis le nomment Surmad, qui suggère l'idée d'ivresse. Le mot ivresse est employé ici pour signifier l'élévation, la libération de l'âme de ses liens terrestres. Ceux qui sont capables d'entendre le Saut-e-Sarmad et méditent sur lui, sont délivrés de toutes les tristesses, anxiétés, chagrins, craintes, maladies, et l'âme est libérée de la captivité des sens et du corps physique. L'âme de celui qui écoute devient la conscience toute pénétrante et son esprit, la batterie qui tient en mouvement l'univers entier.



Certains s'entraînent à entendre le Saut-e-Sarmad dans la solitude, sur le rivage de la mer, au bord des rivières, sur les collines ou dans les vallées; d'autres y parviennent assis dans les cavernes des montagnes ou errant constamment à travers forêts et déserts, restant dans la solitude, éloignés des lieux fréquentés par les hommes. Les Yogis et les ascètes soufflent dans le Sing (une corne) ou le Shankha (une coquille) qui éveillent en eux ce Son intérieur. Dans le même but les derviches jouent du Nai ou Algoza (double flûte).



Les cloches des églises et des temples sont supposées suggérer aux penseurs le même son sacré et les conduire ainsi vers la vie intérieure. Ce son se développe par dix aspects différents parce qu'il se manifeste à travers dix canaux différents du corps: il résonne comme le tonnerre, le mugissement de la mer, le tintement des cloches, l'eau courante, le bourdonnement des abeilles, le gazouillement des moineaux, le Vîna, le sifflet ou le son du Shankha, jusqu'à ce qu'il devienne finalement "Hu" le plus sacré de tous les sons. Ce son Hu est le commencement et la fin de tout son, qu'il provienne de l'homme, l'oiseau, la bête ou d'une chose. Une étude minutieuse prouvera ce fait dont on peut se rendre compte en écoutant le son d'une machine à vapeur ou d'un moulin; mais l'écho des cloches ou des gongs, donne une illustration typique du son "Hu".



En diverses langues on a donné différents noms à l'Être Suprême, mais les mystiques l'ont connu sous son nom naturel "Hu", qui n'a pas été créé par l'homme, le seul nom de Celui qui n'a pas de nom et que toute la nature proclame constamment. Le son Hu est le plus sacré; les mystiques de tous les âges l'ont appelé Ism-e-Azour, le nom du plus Haut, car c'est l'origine et la fin de chaque son aussi bien que l'arrière-plan de chaque mot. Le mot Hu est l'esprit de tous les sons, de tous les mots et il est caché en eux comme l'esprit dans le corps. Il n'appartient à aucun langage, mais aucun ne peut éviter de lui appartenir. C'est le seul véritable nom de Dieu, un nom que nul peuple, nulle religion ne peut réclamer comme le sien propre. Il est non seulement prononcé par les êtres humains, mais répété par les animaux et les oiseaux. Êtres et choses proclament tous ce nom du Seigneur, car toute activité de la vie exprime distinctement ou indistinctement ce même son. C'est le mot mentionné par la Bible comme existant avant que la lumière fût: "au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu". (St Jean i; 1.).



Le mystère du Hu se révèle au Soufi qui voyage par le sentier de l'initiation. La Vérité, la connaissance de Dieu, est nommée Haq par un Soufi. Si nous divisons le mot Haq en deux parties, il devient Hu aq: Hu signifiant Dieu et aq voulant dire, en Hindoustani, Un; les deux syllabes expriment ensemble Un Dieu et Une Vérité. En arabe, Haqiqât veut dire la Vérité essentielle, et Hakim signifie maître, Hukim celui qui sait. Chacun de ces mots exprime les caractéristiques essentielles de la vie.



Aluk est le mot sacré que les Vairâgys, les adeptes de l'Inde, psalmodient comme chant sacré. Dans le mot Aluk, il y en a deux: al qui signifie "venant de" et Haq "vérité", les deux ensemble sont l'expression de Dieu, la source de laquelle tout découle. Le son Hu devient limité dans le mot Hum, car la lettre m ferme les lèvres. En Hindoustani ce mot exprime la limitation; Hum signifie Je ou Nous, deux mots qui veulent dire égo. Humsa est le mot sacré des Yogis qui illumine l'égo avec la lumière de la réalité. Huma en langue Persane, représente un oiseau fabuleux. Il y a en Perse une croyance disant que si l'oiseau Huma se pose un moment sur la tête de quelqu'un, c'est pour lui signe de royauté. Sa véritable explication est que si les pensées de l'homme évoluent de façon à briser toute limitation, il devient alors comme un roi. C'est la pauvreté de la langue qu'elle ne puisse distinguer le Très-Haut que comme un roi. Dans les anciennes traditions il est dit que Zoroastre naquit d'un arbre Huma. C'est ce qui explique les paroles de la Bible: "Si l'homme n'est pas né de l'eau et de l'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu". Car dans le mot Huma, hu représente l'esprit et mah, en langue arabe, veut dire eau. En Anglais le mot Human explique deux faits qui sont la caractéristique de l'humanité: Hu voulant dire Dieu et man, esprit. Ce mot vient du Sanscrit. Mana, l'esprit, étant l'homme courant. Les deux mots unis représentent l'idée de l'homme conscient de Dieu; en d'autres termes Hu, Dieu, est en toutes choses et en tout être, mais c'est par l'homme qu'il est connu. Human signifie donc Dieu Conscient, Dieu réalisé ou Dieu homme. Le mot Hamd signifie louange, Hamid, digne de louange et Mohammad rempli de louange. Le nom du Prophète de l'Islam était significatif de son attitude envers Dieu. En arabe, Hur veut dire les beautés du Ciel; son sens réel est l'expression de la beauté céleste; Zuhur signifie manifestation, spécialement celle de Dieu dans la nature. Ahura Mazda est le nom de Dieu que connaissent les Zoroastriens. Le premier mot Ahura suggère Hu sur lequel est construit tout le nom



Tous ces exemples sont significatifs de l'origine de Dieu dans le mot Hu et de la vie de Dieu en tout être et tout chose.



En arabe Hay signifie éternel et Hayat, vie; ces deux mots représentent la nature éternelle de Dieu. Le mot Hàl suggère l'idée d'omniprésence et Huwa est l'origine du nom d'Ève qui est le symbole de la manifestation, comme Adam est celui de la vie. En Sanscrit ils sont nom Purusha et Prakriti. Jehowah est réellement Yahuwa et originairement Yahu: ya suggérant le mot "oh" et Hu demeurant Dieu; tandis que A représente la manifestation, H l'origine du son; mais quand le son commence à prendre forme sur le plan extérieur, il devient A; par suite alif ou alpha est considéré comme la première expression de Hu, le mot originel. En Sanscrit, aussi bien que dans les autres langues, A commence l'alphabet, comme aussi le nom de Dieu. C'est pourquoi, en anglais, A veut dire un, ou premier; et en arabe, la figure d'Alif donne le sens de un, dernier, aussi bien que du premier. La lettre A se prononce sans le secours des dents ou de la langue, et en Sanscrit A est toujours privatif.



En prononçant la lettre l (lam) le son A est amené à la surface quand la langue s'élève et touche le palais, et le son se termine en M (min) dont la prononciation ferme les lèvres. C'est pourquoi ces trois lettres essentielles de l'alphabet sont réunies comme un mystère dans le Coran: ils forment le mot "alm" qui veut dire connaissance. Alim vient de la même source et signifie "celui qui connaît". Alam veut dire état ou condition, l'existence qui est connue.



Quand Alif, la lettre initiale et lam, les lettres centrales sont réunies, elles forment le mot al qui signifie "venant de" en arabe, ce qui peut être interprété comme "le dernier dérivé du premier". En anglais "all" (tout) fait naître le sens de nature entière ou absolue d'existence. Si l'on divise en trois parties le mot "Allah", qui en arabe veut dire Dieu, il peut être interprété comme: "le Seul qui vient de rien". El ou Ellah ont le même sens qu'Allah. Les mots de la Bible: Eloi, Elohim, et Hallelujah sont une corruption du mot Allah-hu.



Les mots om, omen, amen et ameen prononcés dans toutes les maisons de prière, sont des mots de même origine; A au début du mot exprime le commencement, M dans le milieu, signifie la fin; N, la lettre finale étant le réécho de M, car M finit naturellement dans un son nasal et la reproduction de ce son signifie "vie".



Le mot Ahud qui veut dire Dieu, le Seul Être, comporte deux sens: A, en Sanscrit qui signifie "sans" et Hudd en arabe qui veut dire limitation.



Le mot Persan Khuda tire son origine de "huda" dont le sens est "la limite et la fin de tout en Lui".



C'est de la même source que viennent tous les mots

Wahadat, Wahdaniat, Hàdi, Hudà et Hidayat. Wahadat signifie la conscience du moi seul; Wahdaniat est la connaissance du moi; Hàdi le guide; Hudà guider; Hidayat veut dire direction.



Plus un Soufi écoute Saut-e-Sarmad, le son de l'abstrait, plus sa conscience s'affranchit de toutes les limitations de la vie. L'âme flotte au-dessus du plan physique et mental sans aucun effort spécial de la part de l'homme qui présente son état calme et paisible; ses yeux prennent un regard de rêve et son expression devient rayonnante; il expérimente la joie surnaturelle et le ravissement de WaJad ou extase. Quand l'Extase le submerge, il n'est plus conscient de l'existence physique ni mentale. C'est le vin céleste dont parlent tous les poètes Soufis, totalement différent des ivresses momentanées de ce plan mortel. Une bénédiction céleste jaillit alors dans son cœur, son esprit est purifié du péché, son corps de toutes les impuretés et il s'ouvre à lui une voie vers le monde invisible; il commence à recevoir inspirations, intuitions, impressions et révélations sans le moindre effort de sa part. Il ne dépend plus alors d'un livre ou d'un Maître, car la sagesse divine, la lumière de son âme, le Saint Esprit, commence à briller sur lui. 




"Par la lumière de l'âme, je réalise que la beauté des cieux et la grandeur de la terre sont l'écho de Ta flûte magique". 
(Shérif.)

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